C’est une évidence de plus en plus insupportable! À rebours du mouvement «mbokalisation», qui promeut les identités locales, les disc-jockeys (D.j) du Congo-Brazzaville, qui animent les festivités (mariages, anniversaires, baptêmes, retraits de deuil…) de leurs compatriotes, marginalisent de plus en plus la musique de leur pays. La rumba est le registre où ce constat est le plus alarmant. Il n’y a, certes, pas de statistiques officielles, mais empiriquement, sans exagérer, environ sept chansons sur dix, jouées par les disc-jockeys du Congo-Brazzaville, proviennent de la RD Congo.
Je tiens à préciser que je ne nourris aucune détestation á l’égard de la musique sœur de la RD Congo que j’écoute et danse volontiers. De nombreux musiciens des deux rives du Fleuve Congo tels que Franklin Boukaka, Pamelo Mounka ou Djeff Kalle ont déjà suffisamment théorisé sur cette sororité, pour y revenir encore. D’ailleurs, quand je fus présentateur d’émission musicale à Ziana T.v, j’en faisais même, activement, la promotion.
Mon coup de gueule d’aujourd’hui vise à défendre l’art en tant que vecteur de beauté ou d’esthétique, d’où qu’il vienne, a fortiori quand il est issu du terroir. Il n’y a aucune once de chauvinisme dans ma démarche. Ne l’oublions jamais, le choix de la musique n’est jamais qu’une question de curiosité, de goût, de succès et d’ouverture d’esprit. Mais, si l’on écoute les mêmes œuvres tout le temps, on condamne ipso facto les autres á l’exclusion ou à la relégation.
Je récuse, d’avance, l’idée que le tropisme RD congolais des disc-jockeys du Congo-Brazzaville soit fondé sur la qualité. Tenez par exemple, sur le plan purement artistique, quelles différences notables y a-t-il entre les artistes Kevin Mbouandé et JB Mpiana? Ou bien entre la rumba de Doudou Copa et celle de Koffi Olomide? Quoi, nos musiciens doivent-ils donc émigrer, pour espérer voir jouer leurs chansons lors des manifestations festives de leurs compatriotes? L’art ne serait-il, donc, plus universel?
J’apprends même que certains disc-jockeys se serviraient de leur platine, pour régler les comptes à leurs compatriotes musiciens. Un jour, il va peut-être falloir en arriver á l’instauration de quotas, notamment dans les médias publics et même privés, pour rétablir l’équilibre. Cette pratique a même cours en France, pour promouvoir la chanson française et francophone. C’est légitime. La culture, en l’occurrence la musique, n’est pas un produit comme les autres. Elle porte l’âme des peuples et doit, à ce titre, être régie par des règles spécifiques, exception culturelle oblige. Considérés comme des figures incontournables de l’animation musicale, les disc-jockeys peuvent beaucoup faire dans la promotion de la musique congolaise.
Guy Francis TSIEHELA
Chroniqueur musical (Paris, France).









