Nancy Chenard, secrétaire générale exécutive d’Unicongo

«2025 a été une excellente année pour Unicongo, à plusieurs égards»

Principale organisation patronale fondée en 1959 au Congo, l’Union patronale et interprofessionnelle (Unicongo) compte 17 fédérations professionnelles nationales à travers lesquelles elle représente et défend les intérêts des entreprises du secteur privé dans le pays. A travers ce syndicat patronal, le secteur privé ne se contente plus de subir les politiques publiques. Désormais, il contribue activement au débat économique, social et environnemental, en formulant des propositions. Unicongo a tenu son assemblée générale ordinaire et extraordinaire en novembre 2025, à Pointe-Noire. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, sa secrétaire générale exécutive, Mme Nancy Chenard, pense que «les conclusions de cette assemblée générale ont été très positives» et pour elle, «2025 a été une excellente année pour Unicongo, à plusieurs égards». Interview!

* Madame la secrétaire générale exécutive, peut-on savoir si vos assises se sont déroulées dans un climat constructif?
** L’assemblée générale annuelle d’Unicongo, tenue à Pointe-Noire, s’est déroulée dans un climat particulièrement constructif. C’est un moment-clé dans la vie de notre organisation, car c’est à la fois un temps de retrouvailles, d’échanges directs entre les membres et un exercice essentiel de redevabilité, au cours duquel le bureau et le secrétariat général rendent compte de l’action menée au titre de l’année écoulée.
Les conclusions de cette assemblée générale ont été très positives. 2025 a été une excellente année pour Unicongo, à plusieurs égards. D’abord, en termes de représentativité, nous avons enregistré une augmentation significative du nombre d’adhérents, en particulier des P.m.e. Il est important de souligner qu’Unicongo reflète fidèlement la structure du secteur privé formel congolais, composé majoritairement de petites et moyennes entreprises (P.m.e), tout en comptant également parmi ses membres, de grandes entreprises qui constituent la colonne vertébrale de l’économie nationale.
Ensuite, sur le plan du plaidoyer, Unicongo a apporté une réelle valeur ajoutée sur plusieurs textes structurants pour le pays, notamment le code du travail et différents projets de lois et de réformes réglementaires. Notre contribution s’est inscrite dans une logique de propositions responsables, au service d’un cadre économique plus équilibré et plus propice à l’investissement.
Par ailleurs, l’année 2025 a été marquée par un renforcement notable de l’appui juridique aux adhérents, de plus en plus nombreux à solliciter Unicongo pour les accompagner dans leurs relations avec l’administration, leurs problématiques réglementaires ou sociales. Nous avons également intensifié notre rôle de mise en relation et de réseautage, afin de favoriser les synergies et les opportunités d’affaires entre membres.
Enfin, 2025 restera aussi l’année de la Ref (Rencontres des entrepreneurs francophones), temps fort du secteur privé congolais qui a réuni plus de 2.700 participants, avec l’honneur de la participation de Son Excellence Monsieur le Président de la République. Cet événement a confirmé la place centrale d’Unicongo dans le débat économique national et dans le dialogue public-privé.
Nancy Chenard, secrétaire générale exécutive d’Unicongo
* Comment, à votre avis, se porte le secteur privé au Congo au regard du climat des affaires?
** Le secteur privé congolais évolue aujourd’hui dans un climat des affaires en mutation, marqué par certaines avancées portées par les pouvoirs publics, mais qui demeurent encore contraignantes. Les entreprises congolaises font preuve d’une résilience remarquable. Toutefois, leur capacité à investir durablement, à créer des emplois et à se projeter dans le moyen et le long terme reste fortement entravée par plusieurs contraintes structurelles. Parmi les nombreuses difficultés rencontrées par les entreprises, je souhaiterais m’arrêter sur trois d’entre elles, particulièrement structurantes:

1- la multiplication des contrôles administratifs et fiscaux: parmi les contraintes récurrentes figurent les contrôles fiscaux, parafiscaux et administratifs, souvent trop fréquents et, dans certains cas, engagés sans base légale ou entachés d’irrégularités procédurales. Ces pratiques pèsent lourdement sur la productivité des entreprises, mais également sur leur trésorerie, car les inspecteurs trouvent toujours un motif de redressement (bien que contesté) ou demandent à être pris en charge. La mobilisation des équipes pour accueillir les contrôleurs, rassembler les pièces et répondre aux requêtes peut s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Au-delà de l’impact financier et opérationnel, cette situation fragilise profondément la relation de confiance entre l’administration et le secteur privé, pourtant essentielle à un climat des affaires sain;

2- l’insécurité juridique: à ces difficultés s’ajoute une insécurité juridique persistante, liée à certaines décisions judiciaires perçues par les acteurs économiques comme inéquitables, incohérentes ou imprévisibles. Lorsque les décisions de justice manquent de constance, de transparence ou de lisibilité, elles fragilisent la confiance des investisseurs, nationaux comme étrangers, et créent un sentiment de vulnérabilité pour les entreprises. Le renforcement de l’État de droit, de l’indépendance de la justice, de la qualité des décisions rendues et de leur exécution constitue, à cet égard, un enjeu central pour l’amélioration durable du climat des affaires;

3- les difficultés de recrutement et d’adéquation des compétences: enfin, les entreprises sont confrontées à une réelle difficulté à recruter des profils qualifiés et opérationnels. Ce défi tient à plusieurs facteurs: l’inadéquation entre les formations disponibles et les besoins réels du marché du travail, le déficit de compétences techniques et managériales dans certains secteurs-clés, ainsi que le manque de dispositifs structurés d’alternance, de formation continue et de reconversion professionnelle. Des dispositifs tels que les Cefa (Centres d’éducation, de formation et d’apprentissage) ont été mis en place pour répondre à ces enjeux. Toutefois, en raison d’un manque de financements suffisants et pérennes, ces structures peinent encore à jouer pleinement leur rôle et à former, à l’échelle requise, des compétences réellement adaptées aux besoins du secteur privé.

Face à ces constats, l’amélioration du climat des affaires apparaît comme un préalable indispensable à une croissance économique forte et durable. Elle passe nécessairement par des réformes structurelles profondes. À cet égard, la digitalisation des procédures administratives, fiscales et douanières constitue un levier majeur: elle permet de standardiser les processus, de réduire les marges d’arbitraire, de renforcer la traçabilité des décisions et d’améliorer significativement la transparence.
Enfin, il est indispensable de renforcer l’association effective du secteur privé aux instances de décision et de concertation économique. Les entreprises sont en première ligne de l’application des textes. Leur implication en amont est un gage de réalisme, de cohérence et d’efficacité des politiques publiques. Il ne s’agit nullement de cogestion, mais bien de co-construction responsable, dans un esprit de dialogue, de prévisibilité et de respect des engagements.

* Quel regard portez-vous sur l’avenir du secteur privé au Congo?
** Je porte un regard résolument confiant, mais lucide, sur l’avenir du secteur privé congolais. Les entreprises continuent d’investir, d’opérer et de créer de la valeur dans un environnement pourtant contraignant. Ce qui témoigne d’une résilience réelle. Cette confiance repose toutefois sur un constat partagé par les acteurs économiques: le développement durable ne peut résulter d’une succession de projets ponctuels, mais d’une constance dans quelques orientations structurantes, claires et prévisibles dans le temps.
Le Congo dispose d’atouts indéniables -ressources naturelles, position géographique, potentiel humain- mais leur transformation en richesse durable reste conditionnée à des choix économiques assumés et à un cadre stable. Aujourd’hui, les entreprises font face à une visibilité encore insuffisante, notamment en matière de fiscalité, d’accès à l’énergie, d’infrastructures et de règles du jeu économique. Ces éléments pèsent directement sur leur capacité à investir, à planifier et à se projeter. Dans cette perspective, Unicongo identifie trois piliers productifs majeurs, appuyés par des leviers transversaux, ainsi qu’un axe structurant de diversification économique.

Les participants à l’assemblée générale 2025 d’Unicongo
Le premier pilier concerne la capacité du pays à produire localement et à créer davantage de valeurs sur son territoire. Les entreprises constatent que l’économie demeure largement dépendante de l’exportation brute des ressources, avec un faible ancrage local des chaînes de valeur. Le défi est désormais clair: transformer sur place, structurer des filières et favoriser l’émergence d’écosystèmes industriels autour de l’agriculture, du bois, des minerais et des hydrocarbures. Cela suppose un accès sécurisé au foncier, des infrastructures fonctionnelles, une énergie fiable et des conditions d’investissement lisibles. Sans ces prérequis, les initiatives privées restent limitées ou différées.
Le deuxième pilier est celui de la compétitivité, en particulier à travers l’énergie et les infrastructures. Les entreprises subissent encore des coûts élevés, des ruptures d’approvisionnement et des contraintes logistiques qui réduisent leur productivité. Une économie ne peut se développer durablement sans une énergie disponible, accessible et économiquement soutenable. Il est donc indispensable de définir une trajectoire énergétique claire, d’ouvrir davantage le secteur à l’investissement privé et de structurer des partenariats public-privé crédibles. La compétitivité repose également sur la capacité à faire circuler efficacement les biens, les personnes et l’information, condition essentielle pour attirer les investisseurs et soutenir les entreprises locales.

Le troisième pilier concerne l’adéquation entre les compétences et les besoins réels de l’économie. Les entreprises font régulièrement le constat d’un décalage entre les profils formés et les compétences recherchées. L’enjeu n’est pas seulement de former davantage, mais de former mieux, en lien étroit avec les réalités du marché du travail. Le secteur privé doit être pleinement associé à la définition des contenus et des parcours de formation, afin de disposer d’une main-d’œuvre immédiatement opérationnelle et capable d’évoluer. L’employabilité constitue aujourd’hui un facteur-clé de compétitivité économique et de stabilité sociale.

Parallèlement, la diversification de l’économie doit être pensée comme un levier stratégique complémentaire et non comme une dispersion des efforts. Outre le tourisme, qui représente une opportunité réelle s’il est développé de manière ciblée -tourisme d’affaires, écotourisme, tourisme culturel-, d’autres secteurs présentent un fort potentiel. Il s’agit notamment de l’agro-industrie, de la transformation du bois, de l’économie numérique, des services logistiques, des industries culturelles et créatives, ainsi que des services à forte valeur ajoutée. Ces secteurs peuvent générer des emplois, structurer des P.m.e locales et renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes.

Dans cette dynamique, le secteur privé ne doit plus être considéré comme un acteur périphérique, mais comme un partenaire central de la transformation économique. Unicongo continuera à défendre une vision fondée sur la cohérence des politiques publiques, la stabilité du cadre économique et la responsabilité partagée entre l’État et les acteurs économiques. La prospérité n’est jamais le fruit du hasard: elle résulte d’un effort collectif, structuré, prévisible et inscrit dans la durée.

A noter que Unicongo a des valeurs et principes contenus dans sa charte éthique signée par ses membres. Cela reflète son engagement envers, entre autres, la libre concurrence, la lutte contre la corruption et les pratiques frauduleuses et le respect des conventions. L’Union patronale interprofessionnelle du Congo n’est pas une organisation dominée par les seules grandes entreprises. Les Très petites entreprises (T.p.e) et les Petites et moyennes entreprises (P.m.e) constituent, aujourd’hui, le plus grand nombre de ses membres. Selon les statistiques, Unicongo compte environ 440 entreprises adhérentes, dont 55% sont de T.p.e et des P.m.e, soit 247 structures.

Propos recueillis par Philippe BANZ

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