L’élection présidentielle au suffrage universel direct est une phase importante de la vie démocratique d’un pays. Comme beaucoup de pays africains, le Congo l’a adoptée comme mode de désignation du Président de la République, clé de voûte des institutions nationales, garant de l’indépendance et de la souveraineté nationales et incarnation de l’unité nationale, etc. Ce mode de désignation lui confère une légitimité indiscutable, permettant au pays de dépasser les clivages politiques pouvant affaiblir voire contester son autorité. Suivant la Constitution en vigueur, le Président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, possiblement renouvelable à deux reprises. Ce qui sous-entend qu’un Congolais a l’opportunité de diriger le pays pendant une période maximum de quinze ans. Voilà la tradition démocratique qu’il nous faut forger.
Les langues grincheuses ne manqueront pas d’indexer la durée de l’actuel Président au pouvoir. Malheureusement, en matière de démocratie, notre pays a eu des retours à la case-départ. Souvenons-nous que tout commença justement, en pleine période coloniale, dans les années 50, par l’élection de nos représentants au parlement et dans les municipalités. La première élection présidentielle du Congo indépendant, au suffrage universel direct, se tint le 20 mars 1961. Candidat unique des deux principaux partis occupant l’échiquier politique national, l’U.d.d.i.a et le M.s.a, le Président Fulbert Youlou est élu par le score de 97,56% des voix, sans adversaire. Il faut rappeler qu’il fut d’abord élu Président de la République au suffrage universel indirect, donc par le parlement, le 21 novembre 1959. Mais, il avait besoin d’une légitimité populaire, d’où la tenue de l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Il est renversé le 15 août 1963, par une coalition des forces de gauche qui mit fin à la démocratie. L’élection de Fulbert Youlou, le 20 mars 1961, était-elle réellement démocratique?
La deuxième élection présidentielle démocratique interviendra en août 1992, après le retour du pays à la démocratie, décidé par la Conférence nationale souveraine de 1991. Pascal Lissouba est élu au deuxième tour, le 16 août 1992, avec le score de 61,32% des voix contre 38,68% à Bernard Bakana Kolélas. Cette élection à deux tours fut réellement une grande et historique compétition démocratique, âprement disputée, sans violence, malgré les tensions, par les forces politiques en présence. Elle fut organisée par un homme d’autorité morale, Mgr Ernest Kombo, qui mit toute la classe politique au pas, alors que lui-même, de par son statut d’homme d’église, était interdit d’aspirer à la direction de la chose politique.
C’est une page exceptionnelle de la démocratie congolaise. Pourra-t-on encore la revivre? Pourquoi pas. Mais, la qualité de la démocratie ne dépend que des acteurs en présence. D’autant plus que malgré cette performance démocratique, le Congo a connu un sanglant retour à la case-départ, dès le premier mandat démocratique, avec l’éclatement des guerres civiles et l’existence des milices armées, en dépit d’une passation de pouvoir pacifique, telle que le pays n’en a jamais connue auparavant.
Dans ces conditions, que peut-on attendre de la classe politique en matière de gouvernance? Il faut se réjouir que le pays soit en paix. C’est d’abord la condition sine qua non à toute gouvernance. Après le traumatisme des guerres et violences fratricides qui ont suivi la réinstauration de la démocratie, alors qu’on avait dit, à la Conférence nationale, «Plus jamais ça», le moins qu’on puisse souhaiter, c’est de vivre en paix au Congo. Le reste, on se débrouille. On aurait pu faire de l’électricité, de l’eau courante, de l’entretien des routes, des écoles, des hôpitaux, des élections, de la lutte contre la corruption, bref de la gouvernance, des facteurs de changement de régime, comme cela se fait dans toutes les démocraties, suivant le principe de la gestion axée sur les résultats, donc du bilan. Mais, changer de régime au Congo comporte d’importants risques d’inconnus, comme on l’a vu sous le premier mandat démocratique à partir de 1992.
Il faut que l’élection présidentielle se tienne, malgré les circonstances, parce qu’il faut forger et consolider la tradition républicaine de ce que la légitimité du pouvoir résulte du vote du souverain primaire et non des dialogues et autres concertations entre acteurs politiques, pour instaurer des transitions qui ne sont que le moyen de se partager le gâteau. La qualité des élections vient au fur et à mesure du passage des générations. Il y a des générations qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes et dont on connaît si bien les qualités, les défauts et les conflits politiques qui les enchaînent. Rien de nouveau à attendre d’elles. Les dernières tribulations dans le Département du Pool ont vite fait de susciter la menace du réveil des vieux démons des violences fratricides. Tellement il y en a qui croient que l’exercice de l’autorité de l’Etat s’arrime inéluctablement à la force physique, aux armes. Mgr Kombo, l’homme qui a suscité la première alternance démocratique et pacifique dans le pays, a démontré que l’autorité est d’abord morale. Et la morale, ce sont les règles de vie, de vivre-ensemble. Elle magnifie le pouvoir et la crédibilité de la parole. Vive la démocratie! Vive l’élection présidentielle! Vive les candidats! Vive 2026 pour que 2031, 2036, etc, soient possibles! C’est la marche de la démocratie. Qui vivra verra!
L’HORIZON AFRICAIN.




