Sénat: séance de questions orales au gouvernement
Le scandale de l’administration
des passeports a dominé le débat
Le sénat a tenu, vendredi 7 août 2026, au Palais du parlement à Brazzaville, une séance de questions orales et débat avec le gouvernement représenté par 14 ministres sur les 16 attendus. Plusieurs questions soulevées par 16 sénateurs, étaient au centre de cette séance. Il s’est agi, entre autres, de la situation de l’harmonisation du point d’indice des retraités de la C.r.f (Caisse de retraite des fonctionnaires), de la pénurie d’électricité, d’eau courante et celle du carburant et des difficultés d’accès au passeport. Mais, on en retient surtout que l’administration des passeports est affectée par des scandales connus de tous. Même l’argent de la vente des passeports disparaissait, tranquillement, au grand bonheur des fonctionnaires véreux et leurs complices.
L’harmonisation du point d’indice des retraités de la C.r.f
Concernant les retraités de la C.r.f, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a parlé de la disparité de la valeur du point d’indice appliqué: certains retraités à 125 F Cfa, d’autres entre 150 et 175 F Cfa, alors qu’on doit aller à une valeur du point d’indice à 300 F Cfa. Selon lui, il est question d’harmoniser la valeur du point d’indice, conformément au protocole d’accord du 12 août 2013. Il a indiqué que le gouvernement est engagé à assurer la régularité du paiement des pensions et l’apurement des arriérés. «Je voudrais vous rassurer et rassurer les retraités qui nous suivent que le gouvernement ne remet nullement en cause cette revendication légitime des retraités», a-t-il déclaré.

Le bac dans les élections locales
Anatole Collinet Makosso a aussi abordé la question du diplôme de bac exigé dorénavant aux candidats des élections locales. Le bac et les diplômes équivalents délivrés à l’issue de formations dispensées dans les établissements d’enseignement professionnel ou dans le cadre d’un parcours de validation des acquis de l’expérience, sont délivrés par les services compétents du Ministère de l’enseignement général et du Ministère de l’enseignement technique et professionnel. Les mécanismes de contrôle de conformité et d’homologation des diplômes est assuré par les services compétents de l’État sur l’ensemble du territoire national, tant dans le domaine de l’enseignement général que dans celui de l’enseignement technique, a-t-il fait savoir.

Pas de campagne de recrutement dans la Fonction publique
Concernant les attroupements à la Direction générale de la Fonction publique, durant la période du 9 au 24 juillet 2026, pour le dépôt des dossiers d’intégration dans la Fonction publique, le ministre d’Etat Pierre Mabiala a expliqué que cette situation a été alimentée par des rumeurs diffusées dans les réseaux sociaux. Il a dénoncé la manipulation de l’opinion par des acteurs mal intentionnés. Il n’y a eu aucune campagne officielle de recrutement à la Fonction publique. Les 32.150 dossiers déposés seront traités selon les procédures habituelles, comme les dossiers enregistrés au cours des années précédentes, conformément aux procédures administratives en vigueur.
Le ministre d’Etat Pierre Mabiala a promis aussi de s’attaquer aux réseaux maffieux qui gangrènent l’administration publique. «Ils opèrent tantôt en bandes organisées, tantôt en solitaire», a-t-il signalé. Des mesures concrètes et urgentes seront prises pour éradiquer ces phénomènes, a-t-il fait savoir.
Digitalisation de tous ces documents d’Etat-civil
Répondant à la question de la sénatrice Pascaline Assassa sur le phénomène illicite de vente des documents d’Etat-civil, le ministre de l’intérieur et de la décentralisation, Jean Olessongo Ondaye, a fait preuve d’une nette franchise. Il considère que ce phénomène dénature et désacralise les pièces d’Etat-civil et donc il est blâmable. Il a donné raison à la sénatrice qui a soulevé cette question qui est une préoccupation partagée des pouvoirs publics.
Alors qu’il était concentré à régler la crise du passeport, le ministre Olessongo Ondaye a découvert «cette autre indélicatesse» qui minait son département ministériel. «Parmi les fraudeurs figurent, en bonne place, les agents des mairies et ceux évoluant dans les administrations des districts et des communautés urbaines», a-t-il reconnu, révélant qu’«ils ont constitué des réseaux de complicité au sein de certains services d’administration publique, permettant ainsi cette vente illicite de documents officiels d’Etat-civil». Il a avoué que la falsification et le trafic des actes d’Etat-civil constituent un problème majeur dans notre administration. «Nous le savons», a-t-il précisé, avant de poursuivre que «vendre un acte d’Etat-civil, c’est comme vendre dans un coin de rue, la nationalité congolaise au plus offrant». Il a promis la sanction. Selon lui, le gouvernement est en train de travailler à la digitalisation de tous ces documents, à travers le projet de système intégré des frais d’Etat-civil, en sigle Sifet.

Le scandale du passeport et son règlement
A la question posée par le sénateur Jean-Marie Andzimba Epouma sur l’accès au passeport, le ministre Olessongo-Ondaye a pointé les mêmes réseaux clandestins et maffieux de vente de passeports aux plus offrants. Un vrai scandale qui mine l’administration publique. Sous ses ordres, les services de renseignements ont arrêté des membres de ces réseaux et leurs commanditaires, sans donner de détails sur leur nombre encore moins sur leur identité. Il a aussi indiqué qu’il y a des aléas d’ordre structurel «qui ont perturbé les relations entre le gouvernement et la société allemande Mühlbauer avec laquelle le gouvernement de la République a signé des accords pour produire les passeports congolais».
Pour assainir ces relations, le gouvernement a déjà versé un acompte en termes de milliards de francs Cfa, mais le ministre, parlant pourtant devant une chambre parlementaire qui vote le budget de l’Etat, n’a pas précisé le montant versé, pour éponger une partie de la dette due à cette société. Ainsi, après sa visite en Allemagne, la société Mühlbauer a déjà fourni un stock de 100 mille carnets de passeport et 330 mille cartes d’identité. Un premier lot de 25 mille carnets de passeport arrive à Brazzaville début septembre et le dernier lot est prévu avant fin décembre 2026.
Malheureusement, les pratiques maffieuses dénoncées ont laissé des dégâts. Le ministre Olessongo-Ondaye a fait savoir que 50 mille passeports payés par les citoyens, sont toujours en attente de production, avant son arrivée à la tête du département ministériel. Les fonds encaissés n’existent plus. Et donc, priorité sera donnée à la production de ces passeports déjà payés et attendus par leurs propriétaires.
Pour éviter que ces situations ne se reproduise, un nouveau mécanisme a été mis en place, afin de permettre à la société allemande d’entrer en possession de son dû à temps. Un compte séquestre a été ouvert dans une banque de la place, dans le but de sécuriser les fonds de la vente des passeports. Des guichets de cette banque seront ouverts dans les administrations en charge du passeport.
Pénurie d’électricité et d’eau : même rhétorique
Le ministre de l’énergie et de l’hydraulique, Bruno Jean-Richard Itoua, et le ministre de l’assainissement urbain, du développement urbain et de l’entretien routier, Juste-Désiré Mondélé, ont apporté, chacun, des éléments de réponse aux difficultés récurrentes à la fourniture régulière d’eau courante et d’électricité, ainsi qu’à l’assainissement et la salubrité des villes. Tour-à-tour, ils ont présenté les perspectives d’amélioration envisagées avec le concours des partenaires.
Commentaire et conclusion
Ces différentes interventions ont permis d’apporter des éclaircissements sur plusieurs problématiques majeures qui préoccupent les populations. Elles ont surtout donné à comprendre que l’administration publique congolaise est gangrenée par les anti-valeurs. C’est le lieu de mesurer les faiblesses des institutions et structures mises en place pour lutter contre ces anti-valeurs. De même, les autorités publiques elles-mêmes ne font pas des efforts, laissant ainsi planer le soupçon qu’elles profitent elles-mêmes des comportements maffieux qui opèrent à l’ombre de leur autorité.
En effet, si le ministre d’Etat Pierre Mabiala et le ministre Olessongo-Ondaye se mettent à dénoncer, avec les mots qu’il faut, ces scandales qui ruinent le fonctionnement de l’Etat, pourquoi les autres ministres ne le font-ils pas et préfèrent briller par le silence et les slogans laudatifs au Chef de l’Etat? Pourquoi le chef du gouvernement ne tape-t-il jamais du point sur la table? Le ministre Olessongo-Ondaye l’a bien dit: tout le monde connaît ces scandales. Pourquoi les traîne-t-on mandat après mandat?
C’est là où en principe, les parlementaires doivent être exigeants. Mais, le président du sénat a préféré calmer le jeu, par l’auto-satisfaction. Concernant les sujets abordés, Pierre Nolo a affirmé que «sur toutes ces questions, nous avons suivi les réponses du gouvernement, avec sincérité. Le gouvernement a dit s’employer à travailler, en mettant en relief la volonté et la détermination à mettre à exécution l’accélération de la marche vers le développement».
Soucieux des multiples attentes des populations, le président de la chambre haute du parlement a, dans son mot de clôture de la séance, plaidé pour la concrétisation effective de l’accélération de la marche vers le développement. «Accélérer la marche vers le développement, c’est l’engagement du gouvernement. Mais, c’est aussi l’engagement du parlement, pour que dans les faits, nous donnions un sens à l’accélération de la marche vers le développement qui passe par une action concrète et vigoureuse, qui donne des réponses effectives aux multiples attentes des citoyens, car nous n’avons pas le droit de les décevoir», a-t-il déclaré.
Pierre Ngolo a, par ailleurs, salué le bon déroulement de la séance qui «s’est passée dans la sérénité. Ministres et sénateurs se sont frottés à travers l’argumentaire et nous avons abordé quasiment tous les aspects de la vie nationale, c’est-à-dire les questions présentement préoccupantes des citoyens». «Sur 16 ministre attendus, 14 ont répondu présents, deux n’ont pas pu y être, parce qu’actuellement à l’extérieur du pays. Autrement, on aurait fait du 100%. Ce qui est une performance louable, il faut se féliciter de cela», a-t-il poursuivi. Et au nom du sénat, il considère «cela comme le signal d’une dynamique nouvelle qui s’instaure et qu’il faut cultiver». Hervé EKIRONO et Urbain NNZABANI.










