Musique

Marie-Louise, immortalisée par Wendo Kolossoy, a tiré sa révérence à Kinshasa

S’il est des chansons qui traversent le temps, sans écoper d’une moindre ride, la chanson «Marie-Louise» de Wendo-Kolosoy, enregistrée en 1948, sous forme de 78 tours, au Studio Ngoma de Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, en fait indéniablement partie. Trônant en tête de gondole des classiques de la rumba, depuis bientôt un siècle, son règne semble encore promis à des lendemains qui chantent. Son inspiratrice, Marie-Louise Ilomba Ekanga, de son nom complet, dulcinée de l’artiste, a tiré sa révérence, le mardi 21 juillet 2026, à l’âge de 107 ans, à Kinshasa, en RD Congo, selon un communiqué du Ministère des affaires sociales de ce pays, qui est l’un des berceaux de la rumba congolaise, ce genre musical inscrit depuis décembre 2021 au patrimoine immatériel culturel de l’Unesco.

Née le 20 septembre 1919, comme un signe du destin, Marie-Louise Ilomba Ekanga est décédée le mardi 21 juillet 2026, au Home des vieillards de Kintambo, à Kinshasa, pratiquement à la même période de l’année que son prétendant de musicien, disparu 18 ans plus tôt, un certain 28 juillet 2008, à l’âge de 83 ans. Celle qu’on appelait affectueusement Marie-Lowisa a gagné sa dernière demeure, mardi 4 août 2026, au cimetière de Kintambo, rejoignant ainsi pour l’éternité, celui qui l’aura rendue célèbre, malgré elle.
Mme Marie-Louise Ilomba Ekanga, qui a inspiré la chanson Marie-Louise de Wendo-Kolosoy
Frisant l’affaire d’Etat, sa disparition a semé l’émoi dans l’opinion publique de ce pays où la rumba, dont son amoureux de musicien fut l’un des précurseurs, s’est infusée jusqu’aux moindres recoins de la société. Pour la petite histoire, Marie-Lowisa était également la sœur du guitariste Henri Bowane, autre figure emblématique de la rumba, ayant campé à la guitare dans cette chanson aux accents d’une complainte. On dit, d’ailleurs de lui qu’il serait le mentor de Franco Luambo Makiadi et l’inspirateur du concept sébène, grâce aux mélodieuses ballades guitaristiques qu’il a pu réaliser, notamment dans ce morceau, alors qu’une certaine opinion en attribuait la paternité à l’Orchestre Zaïko Langa-Langa. Le sébène désignant la section instrumentale dansante d’une chanson dans le genre rumba.
Antoine Wendo-Kolosoy (1925-2008)
Ce titre rend hommage à cette dame que Wendo Kolosoy a tant aimée, en dépit de la farouche opposition de ses parents, précisément de son père, que ce dernier paraît avoir défié par la force des sentiments. Un passage manifestement assertif de cette chanson écrite en langue lingala, en témoigne: «Solo mpenza, ngai na ko bala Lowisa. Bokilo aboya, ngai na yo se libala, gai na yo to lingani». La traduction en français donnerait: «Sans aucun doute, je vais t’épouser, Louise. Ton père peut s’y opposer, toi et moi, la finalité, c’est le mariage, d’autant plus que nous nous aimons».
Grâce à cette composition devenue légendaire, Marie-Louise Ilomba Ekanga est rentrée dans la postérité, comme la première femme chantée et immortalisée dans la musique congolaise. Aussi, son prénom a-t-il fini par s’ancrer dans la mémoire collective, puis dans le patrimoine musical congolais, expliquant l’émoi populaire suscité par sa disparition et la mobilisation subséquente des pouvoirs publics. Le destin de cette œuvre, qui s’inscrit dans la nuit des temps, ne peut que faire pâlir d’envie la plupart des œuvres actuelles, dont l’espérance moyenne de vie n’a d’égale que le temps d’une rose. Guy Francis TSIEHELA (Chroniqueur musical Paris France – Tel Whattsap: 00 33 6 99 77 53 66).

Wendo-Kolosoy: «Marie-Louise».

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