On dispose d’un léger recul maintenant, pour agiter avec nos neurones le sens des mots, afin de cerner leurs contours et toutes les implications opérationnelles, notamment dans la gestion de la Cité. Il a été dit qu’une nouvelle inclination de l’action de l’Etat devait tendre celui-ci vers un Etat protecteur.
La théorie générale de l’Etat est déjà présente chez Platon et Aristote. Leur thèse est que l’Etat doit être juste et qu’il a pour devoir d’éduquer les hommes à la vertu. En ce qui concerne l’Etat protecteur, Alexis Jacquemin propose la définition suivante: «Etat au sein duquel les pouvoirs publics sont appelés à modifier le jeu des forces du marché, en vue de garantir aux citoyens un revenu minimum indépendant de la valeur marchande de ce qu’ils possèdent; de réduire l’ampleur de l’insécurité sociale en donnant aux individus et aux familles le moyen d’affronter des imprévus tels que la maladie et le chômage; de donner à tous, sans distinction de position ou de classe, l’accès aux meilleures normes existantes par rapport à un certain éventail convenu de services sociaux». On pense aux pensions de retraite, aux bourses, à la couverture maladie universelle; on pense au revenu de solidarité active, sous d’autres cieux.
L’Etat protecteur, dans le monde moderne, c’est la protection contre tous les risques. Le périmètre de ces risques s’étend jusqu’aux affres du sous-développement. Ainsi, lorsqu’on en appelle à l’Etat-protecteur, il s’agit non seulement de la responsabilité contre les risques sociaux, mais surtout celle de construire et de protéger l’économie nationale.
Dès lors, il ne peut s’agir que d’un Etat interventionniste. Le «quoi qu’il en coûte» d’un souverain d’une contrée lointaine traduit bien la nécessaire intervention de l’Etat, lorsque les circonstances l’exigent. En la matière, il convient d’éviter le dogmatisme et les incantations stériles. Ainsi, par exemple, la problématique d’aujourd’hui n’est pas d’évoquer à longueur de temps un projet de société, comme pour se faire valoir auprès du Maître de horloges. «Un projet de société est une vision cohérente, d’ensemble ou partielle, de l’organisation et du fonctionnement de la société que l’on a l’intention de mettre en œuvre. Soutenu par des valeurs morales ou éthiques, un projet de société formule des principes et donne des orientations générales sous forme d’un programme politique». Il est conçu pour conquérir un électorat.
Ce qui importe après la conquête du pouvoir, c’est la traduction du projet de société en programmes, parce qu’il faut mesurer, mesurer l’impact sur les populations des mesures issues du projet de société. Comme dit l’autre, il ne faut pas oublier que dans «programme», il y a «gramme», ordre de grandeur. Et, c’est l’ordre de grandeur des réalisations qui permet de plébisciter un projet de société, «parce que la vraie grandeur n’est pas ailleurs que dans l’accomplissement du but qu’on s’est fixé».
Prométhée


