Il est de notoriété publique qu’actuellement, la musique congolaise du Congo-Brazzaville n’est pas au mieux de sa forme, à l’exception notable de la musique dite urbaine, qui connaît un incroyable essor, ces derniers temps, à l’instar du succès, y compris international, des jeunes musiciens tels que Tidiane Mario, Diesel Gucci, Sam Samourai, Makhalba Malecheck, Afara Tsena, pour ne citer que ceux-là.
La méforme de la musique congolaise se décline par tout un faisceau de symptômes: fan-base faible; rareté dans les hits parades internationaux; moindre diffusion sur les chaînes de télévision et de radio étrangères, etc. Autant de mauvais indicateurs qui auraient pu, depuis longtemps, alerter les pouvoirs publics, responsables de la politique culturelle. On est bien loin de l’âge d’or de notre musique, avec les Pamélo Mounka, Théo-Blaise Kounkou, Michel Boyibanda, Youlou Mabiala, Zao, Aurlus Mabélé, etc, où la musique participait du «soft power» dans notre pays, en lui donnant une certaine visibilité.
Mais, là n’est pas notre propos. Ici, il s’agit de réfléchir sur la responsabilité des disc-jockeys (D.j ou deejays) congolais, dans le déficit promotionnel de notre musique. En effet, en étant aux prises directes avec le public, les D.j ont vocation à assurer une fonction privilégiée d’interface entre producteurs musicaux, d’une part, et consommateurs, de l’autre, aux côtés d’autres acteurs institutionnels comme la presse, les influenceurs, les réseaux sociaux, etc.
Hélas, le constat est sans équivoque. Face à la musique étrangère, la congolaise subit une réelle injustice, voire une discrimination. Mais, tout porte à croire qu’elle est involontaire de la part de nos D.j, qui cèdent à la facilité de ne jouer que les chansons à succès, pour satisfaire leurs clients. En conséquence, la part de la musique congolaise dans les répertoires de nos manifestations est de niveau bas, comparé à son potentiel. Cette tendance est très marquée chez les D.j de la diaspora.
Le bénéficiaire est la musique de la RD Congo, avec laquelle nous partageons le même marché musical, sans oublier l’ogre nigérian, avec son tentaculaire afro-beat. Cette situation est d’autant plus déplorable que rien ne la justifie. Quelles différences de standard notable peut-on trouver, par exemple, entre les œuvres des orchestres Extra Musica, Patrouille des stars (Congo-Brazzaville) et Wenge Musica (RD Congo)? A s’y méprendre, on prendrait, d’ailleurs, les unes pour les autres!
Parlant de Patrouille des stars, rappelons que cet orchestre vient de lancer un bel album, «Ligne rouge», une jolie enfilade de perles rumba, qui risque, pourtant de passer inaperçu, aux yeux de nos disc-jockeys. Et que dire de Cedro la Loi, sur un autre genre, dont la chanson «Nzéla ya ébendé», un bon son en hommage au C.f.c.o (Chemin de fer Congo-Océan), est en train de cartonner en streaming et sur les réseaux sociaux, avec des «challenges» défiant toute audience?
Cette «xénophilie musicale» est contraire à l’universalisme de l’art, qui est reconnaissance du beau, d’où qu’il vienne. Nous encourageons nos vaillants D.j à sortir de leur zone de confort, en faisant preuve d’audace, par la nouveauté, l’inconnu et l’essai. N’oubliez jamais que c’est de la disponibilité que découlent la tentation, l’envie d’essayer. Or essayer, c’est parfois adopter. D.j, à vos platines!
Guy Francis TSIEHELA
Chroniqueur musical Paris France.








