Commentaire

Comment une «erreur matérielle de transcription» est-elle possible à ce niveau?

Etre nommé au gouvernement, c’est le rêve de tout citoyen, particulièrement des hauts cadres qui militent dans les partis ou flirtent autour des décideurs politiques. C’est une aspiration légitime et une reconnaissance de ses compétences que d’être appelé à servir son pays dans les institutions de la République, particulièrement au gouvernement. Mais, pas que! C’est aussi et surtout un mythe politique et un moyen de transformer sa vie et celle de ses proches. Alors, chaque fois qu’arrive une échéance de formation du gouvernement, l’électricité est en l’air dans les milieux politiques et le suspense à son comble. Comme on vient de le vivre, avec la formation du gouvernement appelé à accélérer la marche vers le développement. Il s’y est produit une bourde qui laisse interrogateur. Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso l’appelle «erreur matérielle de transcription». A y regarder de près, il s’agit en réalité d’une confusion d’identités qui porte un préjudice moral non négligeable aux concernés et qui traduit un manque ou un faible niveau de précaution dans le processus de nomination des membres du gouvernement.

Souvenons-nous de ce qu’en mai 2021, le ministre d’Etat Florent Ntsiba, directeur de cabinet du Président de la République, était obligé de revenir sur le plateau de Télé-Congo, pour lire le nom d’un ministre oublié. Il s’agissait du prof Jean-Rosaire Ibara, qui était alors nommé ministre du contrôle d’État, de la qualité du service public et de la lutte contre les antivaleurs.
Cette fois, on a eu l’affaire de l’«erreur matérielle de transcription» de nom. Au numéro 38 du décret n°2026-176 du 24 avril 2026 portant nomination des membres du gouvernement, il est écrit: «Ministre des postes, des télécommunications et de l’économie numérique: Serges Nzé».
Depuis la France où il vit, le concerné a, le lendemain, envoyé un message de remerciement au Président de la République, pour l’avoir nommé au gouvernement. Une nomination si glorieuse et prestigieuse qui vous tombe dessus, sans le moindre signe avant-coureur, sans avoir adressé un C.v quelque part ni avoir été reçu par le Chef de l’Etat, le Premier ministre ou un de leurs proches, avouons que c’est la caverne d’Ali Baba. Mais, la présence de son nom parmi les nouveaux membres du gouvernement avait déjà déclenché un débat sur son profil, par rapport à celui, plus convainquant de son frère.
Serges Nzé et sa lettre de remerciements au Chef de l’Etat
Finalement, on ne s’est rendu compte de l’«erreur matérielle de transcription» qu’à la suite du message de Serges Nzé publié dans les réseaux sociaux, avec sa photo. Voilà comment le Premier ministre réagit, le 28 avril, soit quatre jours après la publication du décret nommant les membres du gouvernement, par une «note de service précisant l’identité du ministre des postes, des télécommunications et de l’économie numérique».
Dans cette note, il affirme qu’il s’agit de Frédéric Nzé. Celui-ci étant un expert en technologies numériques, opérateur privé dirigeant un établissement de formation dans le domaine numérique, Akieni Academy, destiné à développer les compétences numériques des jeunes talents africains, avec le soutien d’Omar-Denis Junior Bongo-Ondimba, conseiller spécial et petit-fils du Président Denis Sassou-Nguesso. Il a ainsi fait la passation de service avec le ministre sortant, Léon-Juste Ibombo.
Mais, le mal est déjà fait. La polémique a éclaté dans la famille et au sein de l’opinion nationale. Le préjudice moral causé à Serges Nzé est indiscutable. Par ailleurs, un débat a surgi sur la valeur juridique de la note de service publiée par le Premier ministre, pour impacter un décret présidentiel. En principe, il n’y avait rien d’autre à faire, sinon que suspendre l’installation du nouveau ministre et attendre le retour du Chef de l’Etat,  en voyage officiel à Moscou. Frédéric Nzé ne pouvait prendre ses fonctions qu’une fois le décret le nommant, avec son nom correctement écrit, ministre des postes, des télécommunications et de l’économie numérique est pris.
Frédéric Nzé et Léon-Juste Ibombo, pendant la passation de service
En effet, aujourd’hui, on peut se poser la question de savoir, sur la base de quelle décision du Chef de l’Etat siège-t-il au gouvernement, puisque que son nom ne figure pas dans le décret présidentiel nommant les membres du gouvernement? Une note de service suffit-elle pour devenir membre du gouvernement? L’intention politique vaut-elle décision? Oui, l’intention est de nommer Frédéric Nzé. Mais, cette intention politique n’est pas encore traduite par un décret en bonne et due forme, comme l’exige la tradition administrative républicaine. Y a-t-il du mal à attendre un décret? On dira que le décret va suivre. Mais, cela traduit la précipitation et donc le manque de sérieux.
Comme quoi, les processus de nomination dans les administrations publiques et les institutions de la République doivent être précautionneux et pris au sérieux. Or, tout est dans la précipitation et la passion. Voilà pourquoi les erreurs arrivent facilement. On se souvient, il y a quelques mois, de la nomination, dans l’administration territoriale, d’une femme décédée. Les services de renseignements sont en principe chargés de collecter les données sur les cadres devant être nommés ou promus, puisqu’en plus, il faut veiller à la certification de leur moralité. Aujourd’hui, tout est politique, tout est dans la précipitation et la passion. Voilà pourquoi les bourdes surviennent et déshonorent nos services administratifs.
Jean-Claude DIATOU

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