33ème édition de la journée mondiale de la liberté de la presse
A Brazzaville, on a parlé de la liberté, des conditions économiques et du dialogue
Le 3 mai dernier, la communauté internationale a célébré la Journée mondiale de la liberté de la presse. Comme cette journée était tombée un dimanche, à Brazzaville, les organisations professionnelles des médias ont célébré cette journée en décalé, par une rencontre qui a eu lieu le vendredi 8 mai 2026, à l’Hôtel Saint François de Paule, à l’initiative de l’U.p.p.c (Union des professionnels de la presse du Congo) et du Jec (Journalisme et Éthique Congo).
Ouverte par Médard Milandou Nsonga, président du C.s.l.c (Conseil supérieur de la liberté de communication), en présence d’Antoine Oviébo-Ethai, directeur de cabinet du ministre de la communication et des médias, Jean-Charles Maniongui, président du conseil d’administration de l’U.p.p.c, Arsène Séverin Ngouéla, directeur exécutif du Jec, la rencontre des professionnels de la communication a été l’occasion, pour les organisateurs, de plaider pour la protection des journalistes dans l’exercice de leur profession, la concrétisation de l’aide de l’Etat à la presse à travers le Fonds d’appui aux organes de presse, pour améliorer leurs conditions de travail, et pour le dialogue au sein de la corporation et avec les autorités nationales.

Tout d’abord, il y a eu la phase des discours, à l’ouverture de la rencontre. Dans son allocution, Jean-Charles Maniongui a déploré qu’au Congo, le secteur des médias connaît, aujourd’hui, plusieurs dérives qui fragilisent la qualité de l’information. Selon lui, «de nombreux amateurs ont envahi l’espace médiatique congolais, des amateurs en quête du gain facile, qui tirent le métier vers le bas et rendent très difficile, voire impossible, la régulation du métier de journalisme dans notre pays». À cela s’ajoutent «la création tous azimuts des médias en ligne, la prolifération des réseaux sociaux et l’usage incontrôlé de l’intelligence artificielle qui aggravent la situation». Le journaliste syndicaliste a lancé «un appel pressant» à l’endroit des professionnels des médias, pour la «reconfiguration du paysage médiatique congolais».

Antoine Oviébo-Ethai a marqué son allocution par un hommage aux journalistes disparus. «À travers le monde, plusieurs professionnels des médias ont perdu la vie, par maladie, par accident ou éliminés. D’autres encore croulent dans les geôles des ennemis de la liberté d’expression», a-t-il déploré, faisant observer une minute de silence en mémoire des journalistes disparus. Il a rappelé que le monde fait face à de multiples crises, notamment économiques, politiques, sécuritaires, environnementales et sociales, aggravées par la cybercriminalité, le terrorisme et la drogue. Face à ces défis, il a appelé les journalistes et les organes de presse à promouvoir des contenus favorisant l’apaisement, la cohésion sociale, la justice, l’humanisme et la culture de paix, soulignant le rôle majeur des médias dans la stabilité des sociétés.

Dans son allocution, le président du C.s.l.c a expliqué que, même si les journalistes ne contrôlent plus seuls la circulation de l’information, concurrencés qu’ils sont désormais, par les influenceurs des réseaux sociaux, ils doivent malgré tout continuer à défendre la vérité, l’éthique et le professionnalisme. Selon Médard Milandou Nsonga, «la crainte n’a pas sa place dans le métier de journaliste, tout comme un journaliste sans exigence d’éthique est une menace pour la société, à l’opposé d’un trésor de paix». Il a, donc, appelé les professionnels des médias à exercer leur métier avec intégrité, indépendance et respect des principes déontologiques.
Après l’ouverture, la rencontre s’est poursuivie avec la publication de la déclaration de l’U.p.p.c et du Jec. Dans cette déclaration, les deux organisations dénoncent les menaces, les intimidations et les pressions exercées par certains acteurs contre les journalistes dans l’exercice de leur profession, malgré les efforts des pouvoirs publics en faveur de la liberté de la presse. «Si les pouvoirs publics s’efforcent de respecter leurs engagements garantissant la mise en œuvre des principes de la liberté de la presse dans notre pays, quelques snipers ou prédateurs se cachent dans l’ombre et agissent par intimidations, pressions et menaces, pour décourager le travail des journalistes», signalent les deux organisations dans leur déclaration. Elles soulignent également que la liberté de la presse ne peut exister sans indépendance économique des médias, sans protection sociale des journalistes et sans accès équitable à l’information. Autant de facteurs qui recouvrent la politique gouvernementale de développement des médias. La déclaration met en lumière «la précarité persistante de la presse congolaise, marquée par des médias fonctionnant dans des conditions difficiles, des journalistes mal ou non rémunérés, parfois sans contrats ni garanties professionnelles».

Enfin, les deux organisations saluent la création, par le gouvernement, du Fonds d’appui aux organes de presse en remplacement de la R.a.v (Redevance audiovisuelle), et souhaitent que ce fonds soit mis rapidement en œuvre au profit des médias congolais. Elles demandent aussi que les médias publics soient abondés de leurs budgets prévus dans la loi des finances, car la production de l’information se souvent, dans, ces médias, par le sacrifice des journalistes.
Trois témoignages de professionnels de l’information et de la communication ont agrémenté, ensuite, la rencontre. Ancien haut-conseiller, ancien directeur de publication de La Semaine Africaine, co-fondateur du journal L’Horizon Africain, Joachim Mbanza a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre les professionnels de l’information, afin de prévenir tout ce qui pourrait engendrer la division et la haine, et renforcer la solidarité au sein de la presse congolaise. Il a rappelé qu’«une corporation divisée révèle ses propres faiblesses», soulignant ainsi l’importance de l’unité, faisant le constat que la journée mondiale de la liberté de la presse n’arrive pas à mobiliser en grand nombre, les premiers concernés, à savoir les journalistes, parce que ceux-ci semblent gagnés par l’esprit de clans.

Le journaliste Ernest Blanchard Dimi a fait le témoignage de son expérience professionnelle à la tête de son média, Brazza Net qui, parti d’une page dans les réseaux sociaux, il y a quelques années, est devenu aujourd’hui une entreprise de presse avec un site Internet assurant les charges de son personnel. Il constate que les sujets de société attirent plus d’audience et que la visibilité dépend du nombre des abonnés. Pour lui, la leçon principale est qu’il faut «oser se lancer et innover».
Enfin, le haut-conseiller Asie Dominique de Marseille, journaliste écrivain, fondateur du Groupe Le Choc, a, quant à lui, dénoncé le fait que certains organes de presse fonctionnent aujourd’hui sans tenir de conférence de rédaction. Pour lui, c’est extrêmement grave que les médias ne tiennent plus les conférences de rédaction. Cela affaiblit la qualité du journalisme, parce que ces réunions permettent d’apprendre à traiter l’information, de choisir les sujets importants, d’améliorer la rédaction et de transmettre l’expérience entre générations de journalistes. «Si cette pratique disparaît, c’est le métier lui-même qui est menacé», a-t-il alerté. Abordant le problème de la précarité de la presse, il a expliqué qu’une presse sans moyens financiers ne peut pas bien jouer son rôle en démocratie. C’est pourquoi il a plaidé pour «une aide publique à la presse, comme cela existe dans plusieurs pays où l’État prévoit un budget pour soutenir les médias publics et privés».
En tant que co-organisateur de la célébration, Arsène Séverin Ngouéla a prononcé le mot de conclusion où il a remercié les autorités nationales, notamment le C.s.l.c dont le soutien financier a permis l’organisation de cette célébration. La délégation de l’U.p.p.c et du Jec prévoit de rencontrer le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, et le ministre de la communication et des médias, Thierry Lézin Moungalla, pour leur transmettre les conclusions de cette journée, dans l’espoir de voir surtout le gouvernement mettre en branle, dès cette année, le mécanisme d’aide publique aux organes de presse, tel que prévu dans la loi des finances.
Céleste Exaucé SINDOUSSOULOU
Reportage









