L’inauguration de la grande foire agricole, jeudi 5 février 2026, au village Bambou-Mingali, dans le District d’Igné (Département du Djoué-Léfini), à une soixantaine de kilomètres au Nord de Brazzaville, a donné l’opportunité au Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de mars prochain, brisant ainsi le silence qui a suivi les nombreux appels des associations, de son parti, le P.c.t (Parti congolais du travail), des partis alliés qui, depuis l’année dernière, lui demandaient de se présenter.
Sans surprise, Denis Sassou-Nguesso a fait acte de candidature à l’élection présidentielle. Cette annonce a été faite dans un contexte particulier, à travers une scène où le public, mobilisé par les partis et associations de la Majorité présidentielle, pour l’inauguration de la grande foire agricole, a joué un rôle.

Après le mot de bienvenue du préfet Léonidas Carel Motom Mamoni et le discours circonstanciel de Paul Valentin Ngobo, ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, un échantillon de cinq jeunes agriculteurs, ayant bénéficié de l’appui financier du Figa (Fonds d’impulsion et de garantie pour les petites et moyennes entreprises) pour développer leurs affaires, a été choisi pour offrir des présents issus de leur production agricole, au Chef de l’Etat. Et le nombre de cinq agriculteurs ne tient pas du hasard, puisqu’il renvoie à la date du 5 février, très symbolique pour le Président Sassou-Nguesso. Tout était donc bien mariné pour l’annonce de sa candidature. Chaque jeune agriculteur s’est présenté et a dit en quelques mots le travail qu’il fait. L’un d’eux s’est même exprimé en lari. Puis, leur collègue, Rachetée Rachel Kombéla, fondatrice en 2016, de Richelfood, une entreprise d’élevage de poules pondeuses et de distribution d’œufs frais, basée dans le District de Ngabé, a repris la parole au nom de la jeunesse agricole, pour s’engager, cette fois, sur la voie politique, en demandant au Chef de l’Etat, s’il sera candidat à l’élection présidentielle. Extrait de son propos:
«Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, vous l’avez répété à plusieurs reprises, l’agriculture est un secteur stratégique pour notre pays et la jeunesse doit y jouer un rôle central. Ce que nous vous offrons aujourd’hui, est une preuve concrète que cette vision est une réalité, lorsque la jeunesse est accompagnée, encouragée et engagée. Mais, mais, mais! Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, nous sommes inquiets. Je vous le dis: nous sommes inquiets. Nous savons que vous avez un cœur chaud et une tête froide. Mais nous, nous avons un cœur chaud et une tête chaude. Chez nous, tout est chaud. Et actuellement, tout bouillonne à cent degrés Celsius. Votre silence va nous conduire au suicide, Monsieur le Président [applaudissements]. Voulez-vous que nos cœurs explosent, nos têtes explosent? Mais, ça chauffe dans nos cœurs, ça chauffe dans nos têtes. Vous dites souvent que le temps n’attend pas. Et aujourd’hui, nous vous disons: «Time is money». Le temps presse (Ngonga ebelemi, ntangu me lunga). Nous ne voulons pas d’un saut dans l’inconnu. L’histoire nous enseigne que vous êtes un très grand et un très bon parachutiste. Mais nous, nous ne le sommes pas. Si nous osons faire un saut dans l’inconnu, nous allons nous écraser au sol. Papa Sassou, Otchombé, Mwana Mouébara, Vieux Nguelingueli, l’homme des masses, l’homme des actions concrètes, l’homme de l’unité nationale et la cohésion sociale, faiseur de paix, bâtisseur infatigable et enfin très grand ami de la jeunesse, nous ne voulons pas d’un saut dans l’inconnu, un inconnu que nous qualifions de vide. Alors, Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, permettez-nous de vous poser une question, une question simple et directe. Répondez-nous tout aussi simplement et directement (Na tuna?). Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, serez-vous candidat à l’élection de mars 2026, oui ou non? Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, je pense que ma toute petite voix féminine n’est pas audible. Alors, avec votre permission, je vais demander au public d’amplifier ma voix. Cher public, nous allons poser cette question ensemble. Vous allez répéter après moi, je dis une phrase et vous répétez cette phrase, Ok?».
La question a été répétée par le public. Puis Rachetée Rachel l’a reprise en lingala. «A question directe, semble-t-il, réponse directe!», a reprécisé le modérateur du jour, Bienvenu Boudimbou.
Avant de répondre à la question, après avoir pris le micro, Denis Sassou-Nguesso a d’abord félicité la jeune agricultrice, en l’embrassant. Mais, il n’a pas répondu directement à la question, préférant faire d’abord une longue introduction historique: «En 2021, lors de la campagne des présidentielles, nous avons décidé de lancer notre pays dans la diversification de notre économie. Le Plan national de développement a repris cette directive et a fixé six principaux pôles de développement, dont celui de l’agriculture au sens large. Et aujourd’hui, nous sommes très émus d’être ici au moment où les producteurs agricoles, les jeunes, les femmes, les hommes âgés aussi, surtout les jeunes, je suis très fier de vous (applaudissements); où le monde agricole avec l’appui du gouvernement a adhéré à la directive, s’est mobilisé fortement. Les résultats sont là. A travers tout le pays, le monde agricole s’est levé. Au cours d’une intervention, dans mes déplacements à l’intérieur du pays, j’avais lancé l’idée de cette émulation agricole et nous y sommes. Donc, l’élan est véritablement pris. On a pris l’élan et nous irons de l’avant. Et nous serons un peuple libre, parce que nous produirons ce que nous allons consommer. Nous serons un peuple libre. Voilà pourquoi je salue tous les producteurs agricoles au sens large. Je salue leur courage, leur engagement, leur dévouement. Je salue la jeunesse qui s’est engagée [applaudissements et le public rappelle la question]. Et alors, nous pensons que ce mouvement à engager va prendre de l’ampleur. Il va prendre de la force au cours des années à venir. Voilà pourquoi oui, aussi directement, je vais accompagner ce mouvement, parce qu’il va prendre de l’ampleur [applaudissements et rappel de la question]. Je vais accompagner ce mouvement et je vous dis aussi directement que pour cela, je vais faire acte de candidature [applaudissements, cris de joie, danse…]…».
Hervé EKIRONO









