A.r.d (Alliance pour la république et la démocratie)
Mathias Dzon pense que
supprimer les visas est «une faute politique»
Lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 5 juin 2026, à son siège de la Rue Mouléké, à Ouenzé, le cinquième arrondissement de Brazzaville, Mathias Dzon, le président de l’A.r.d (Alliance pour la république et la démocratie), une plateforme regroupant plusieurs partis de l’opposition extra-parlementaire, a abordé trois sujets majeurs de l’actualité nationale: les emprunts obligataires sur le marché financier international; la gestion des passeports et la décision annoncée par le Président de la République de supprimer les visas d’entrée au Congo pour les ressortissants africains. Il estime que cette décision est «une faute politique».
Un surendettement «abyssal»
D’après Mathias Dzon, «le pouvoir recourt, désormais, de façon permanente, à des émissions obligataires internationales. Ceci aggrave considérablement la dette publique du Congo dont l’encours était déjà de 8 mille milliards 500 millions de francs Cfa, soit 99% du P.i.b, en 2024». Selon lui, le Congo est pris au piège d’une «mauvaise dette». «L’État emprunte massivement sur les marchés internationaux, non pas pour investir dans des secteurs productifs, mais pour rembourser ses dettes antérieures», a-t-il déclaré, en martelant que «le rééchelonnement ne réduit pas la dette; il en augmente le coût total à cause des intérêts supplémentaires». Pour l’ancien ministre des finances, ces emprunts obligataires provoquent un surendettement qu’il qualifie «d’abyssal». «Aujourd’hui, l’encours de la dette publique atteint les 120% du P.i.b», a-t-il fait savoir.

Passeports: «une gestion calamiteuse»
Concernant la gestion des passeports, l’A.r.d dénonce une gestion «calamiteuse» de la délivrance de ce document d’identité. «Obtenir un passeport ordinaire au Congo est devenu un véritable parcours du combattant, où le citoyen lambda doit débourser plus que le prix officiel et des mois d’attente». L’opposition fustige une «marchandisation de cette pièce» qui serait «délivrée à des étrangers par voie de corruption». «Il est urgentissime d’instaurer un système transparent de production et d’attribution des passeports», a alerté l’A.r.d.
Suppression de visas pour les Africains
L’A.r.d qualifie d’unilatérale la décision du Président de la République d’ouvrir les frontières aux ressortissants de l’ensemble des 53 États africains à partir du 1er janvier 2027. Cette décision viole la Constitution, souligne-t-elle. La plateforme politique de l’opposition rappelle que seule une loi votée par le parlement peut valider une telle mesure.
En outre, l’A.r.d s’inquiète «des répercussions sécuritaires, économiques et démographiques d’une immigration massive et non contrôlée dans un pays de seulement 6 millions d’habitants». Elle évoque, également, le spectre d’une perte d’identité nationale et d’un étouffement de l’économie informelle locale, déjà largement dominée par les intérêts étrangers. Surtout, l’A.r.d alerte sur les menaces que cette décision représente sur le plan de la sécurité. «Le Président de la République met gravement en danger la sécurité publique au Congo et donne carte blanche à des individus dangereux et appartenant à des groupes criminels, tels que les Boko Haram, les intégristes djihadistes du groupe Etat islamique, les Kulunas de la RD Congo, les groupes criminels rwandais, centrafricains, tchadiens, etc, pour entrer librement au Congo, y créer une insécurité permanente ou s’emparer par la force des terres congolaises», fait-elle savoir.
Par ailleurs, sur le plan économique, selon l’A.r.d, «l’expérience enseigne que tous les secteurs de l’économie informelle au Congo sont occupés par des étrangers d’origine africaine, à telle enseigne que tous les vendredis entre 13 et 15 h, toutes les échoppes des quartiers populaires sont fermées, parce qu’elles appartiennent à des étrangers africains de confession musulmane qui, dans cet espace de temps, vont à la prière. De même, les gros commerçants d’origine africaine, installés au Congo, n’investissent pas dans le pays d’accueil et rapatrient systématiquement leurs bénéfices dans leurs pays d’origine. De plus, ils ne recrutent pas leurs mains-d’œuvre dans la population congolaise, mais font venir leurs travailleurs de leurs pays d’origine. L’ouverture sans protection est une faute politique». Tout en se défendant de toute xénophobie et en réaffirmant la tradition d’hospitalité du Congo-Brazzaville, l’A.r.d exhorte le pouvoir à faire preuve de responsabilité. Elle appelle à regarder la tendance mondiale où les Nations se protègent. Mais, l’A.r.d, qui a rappelé les engagements du Congo par rapport à la libre circulation au sein des six pays de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), considère que «l’ouverture sans protection est une faute politique».
En conclusion de ce tableau sombre, l’A.r.d rappelle que ces grands dossiers politiques se superposent à une détresse sociale quotidienne étouffante: pénuries chroniques d’eau, d’électricité et de carburant; explosion du coût de la vie et précarité généralisée. Pour la plateforme d’opposition, «l’heure n’est plus aux promesses diplomatiques d’envergure, mais à l’urgence d’une gouvernance transparente et protectrice de ses propres citoyens». Le débat est lancé.
Céleste Exaucé SINDOUSSOULOU









