Tribune

Intelligence et talent démocratique chez Patrice Talon: véritable disciple
d’Alpha Oumar Konaré

L’alternance démocratique est une forme d’émulation politique qui permet au peuple de juger, de critiquer le parcours d’un Président de la République au plan politique, économique, culturel et social. Elle est une forme de respect de la parole donnée, pendant la prestation de serment. Être Chef de l’Etat (non chef d’un territoire) c’est assurer les responsabilités républicaines, l’affaire de tous, non d’un clan ou d’une communauté d’appartenance. Peu importe la première ou la deuxième mandature, il faut savoir partir. Parce que, partir, c’est aussi diriger. C’est le cas du Président béninois, Patrice Talon, qui a respecté sa parole, en laissant la place à une nouveau Président élu, Romuald Wadagni, ancien ministre des finances dans son dernier gouvernement, le dimanche 24 mai 2026.

A travers son geste, le Président Patrice Talon est sur les traces de son aîné illustre aîné francophone, l’ancien Président malien Alpha Oumar Konaré. Ce dernier a, d’ailleurs, refusé la deuxième mandature, lorsqu’il fut à la tête de la présidence de l’Union africaine. L’éthique et la morale politique ont transformé ces deux géants politique, pour les hisser comme champions de l’alternance démocratique en Afrique.
Parlant de son éducation politique, Patrice Talon a pleinement analysé et compris qu’il y a un temps pour être au pouvoir et l’exercer et un temps de le laisser et partir. Les Africains doivent comprendre, sans chicotte, que rester longtemps au pouvoir apporte une sorte de nausée (1) politique et l’on finit par avoir les mains sales (2). Les analystes politiques nous enseignent que l’alternance démocratique et le respect des limites de mandats constituent des enjeux majeurs, pour la stabilité politique en Afrique. Ceux qui torpillent la démocratie, en la singularisant, en l’ethnisant et en la chronométrant sans arrêt, sont loin de remporter la médaille politique du développement. Il n’y a pas de démocratie africaine ni européenne ni américaine ni encore asiatique. Toute démocratie est universelle et concurrentielle pour que le meilleur gagne selon son projet de société.
L’ancien Président béninois, Patrice Talon
Or, infantiliser la démocratie, la réduire à une communauté d’appartenance conduit au népotisme. Le pouvoir est une affaire du peuple et non d’un clan ou d’une famille. La démocratie existe, parce que le peuple est là. Elle ne connaît pas l’ethnie. L’interview accordée récemment par le Président burkinabé de transition, Ibrahima Traoré, a surpris les Africains, en parlant de la démocratie. Il a affirmé, avec certitude, que le Burkina Faso doit «oublier la question de la démocratie». Il a déclaré que ce modèle, tel qu’il est présenté, «n’est pas fait pour eux» et a qualifié ce concept d’outil utilisé contre les peuples africains. Cela s’explique facilement avec la coalition des autocrates des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (A.e.s) qui ont fini par dissoudre les partis politiques dans leurs pays respectifs. Ces attitudes politiques ouvrent souvent les parenthèses aux coups d’Etats ou aux Révolutions. Ce dernier a trahi littéralement la pensée de Thomas Sankara, panafricaniste de sang. Le panafricaniste ne peut pas être opposant à la démocratie.
Pour revenir à Patrice Talon, certains diront qu’il n’a pas respecté sa promesse initiale de ne faire qu’un seul mandat. Élu en 2016, il avait fait du mandat unique l’un de ses engagements phares. Cependant, après avoir déclaré et renoncer à cette idée pour des raisons politiques, il s’est présenté à l’élection présidentielle d’avril 2021. Réélu pour un second mandat, il s’est retiré en mai 2026, au terme de ses deux quinquennats. Peu importe les remarques politiques, il est parti. Il est aujourd’hui un personnage politique libre et à la une dans le monde. Il devient comme un enseignant de science politique ou de sociologie politique enseignant le cours de l’alternance démocratique à ceux que le monde croyait comme des géants politiques et qui ont fini par se vautrer dans la coquille d’autocrates. Il n’est pas séant de les citer. Mais, ils sont connus.
L’ancien Président malien, Alpha Oumar Konare
Et pourtant, lors de son 39ème sommet tenu les 14 et 15 février 2026, à Addis-Abeba, l’Union africaine a réaffirmé, sans connivence, une ligne de tolérance zéro envers les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Les dirigeants ont rappelé avec force et vigueur les principes fondamentaux du continent en matière de gouvernance et d’alternance.
Bien que le thème officiel de ce sommet ait porté sur les enjeux liés à l’eau, la question du respect des Constitutions a été au cœur des débats diplomatiques, face aux crises politiques régionales à écouter les participants de ce sommet sauveur (s’il faut y croire), parce que les faits marquant de ce sommet sont pertinents:
– tolérance zéro: le président de la commission de l’Union africaine, le Djiboutien Mahmoud Ali Youssouf, a déclaré qu’aucune tolérance ne serait accordée aux coups d’État et aux modifications constitutionnelles irrégulières pour s’accrocher au pouvoir;
– Rappels juridiques: l’institution panafricaine s’appuie sur la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, un texte clé qui interdit les ruptures d’ordre constitutionnel et promeut des scrutins transparents.

Avant ce sommet, il y a eu un autre qui sonnait le tocsin contre les changements des Constitutions pour pérenniser le pouvoir d’un personnage politique. Ce sommet a eu lieu au Niger du 2 au 3 octobre 2019. sommet sur le constitutionnalisme pour la consolidation de la démocratie en Afrique organisé par le «National democratic institute» (N.d.i), il a été présidé par le Président de l’époque, Mahamadou Issoufou, qui d’ailleurs est aussi sur les traces d’Alpha Oumar Konaré.

Le nouveau Président béninois, Romuald Wadagni
Les mêmes faits ont été rappelé. Patrice Talon apprend aux dirigeants africains que rien n’est impossible en démocratie. Il suffirait de maîtriser la méthodologie de la dissertation démocratique, pour avoir la bonne note sur le sujet attrait à l’alternance démocratique, c’est-à-dire savoir poser la problématique. Bassirou Diomaye Faye, lors de la cérémonie du 20ème anniversaire du Forum des inspections générales d’Etats d’Afrique (Fige) à Djibouti, le 3 février 2026, a mis l’accent sur la démocratie, en précisant que la démocratie et les institutions ne peuvent survivre et inspirer confiance qu’à travers un attachement permanent et rigoureux à l’intégrité et à la transparence.
Certains critiques internationaux pensent que Patrice Talon a apporté des réformes modernes au Bénin, mais dénoncent, en disant qu’il a confisqué la démocratie, d’où son recul marqué par l’exclusion de l’opposition et le musellement des libertés publiques. Les critiques jaillissent de partout, en matière de gestion démocratique d’un Président en exercice. L’avenir apportera des preuves tangibles sur ces assertions (peut-être, attendons). Cependant, ce qui est rationnel aux yeux de la communauté africaine et internationale, c’est que Patrice Talon vient de surprendre le monde politique, par sa décision de refuser de briguer un troisième mandat, afin de pérenniser son fauteuil. Au moins, en se retirant, il a respecté la parole donnée. S’il faut le dire sans chauvinisme, Patrice Talon a réussi sa dissertation démocratique, à l’image d’Alpha Oumar Konaré.
Alcofribas NASIER
Notes:
1- Publié en 1938, La Nausée est le premier roman de Jean-Paul Sartre et l’un des textes fondateurs de l’existentialisme.
2- «Les mains sales» est une célèbre pièce de théâtre en sept tableaux écrits par Jean-Paul Sartre en 1948. L’intrigue explore les conflits entre l’idéalisme pur et le pragmatisme politique, à travers une réflexion sur la compromission.

Reportage de France 24 sur la passation de pouvoir au Bénin

Oh bonjour
Ravi de vous retrouver.

Inscrivez-vous pour recevoir du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici