Tribune
Qu’en est-il de la paix a quelques jours
de l’élection présidentielle?
En ma qualité de diplomate qui, «par essence est un ministre de paix», je dois toujours me comporter en conciliateur, en agent de concorde et d’apaisement. Malgré les découragements relatifs aux événements tragiques que vit le peuple congolais dont je suis un maillon, je crois toujours en l’homme et en la paix, même si la paix semble parfois la plus dure des batailles; elle n’est pas impossible. Il suffit seulement d’un minimum de volonté et de courage pour vaincre les embûches et les difficultés que ceux dont la mission macabre est d’empoisonner l’atmosphère, par des rumeurs fantaisistes, la violence, la haine, la délation, la démagogie et par la haine, sèment sur nos voies.
Je ne me lasserai jamais de déclarer urbi et orbi que nous sommes une génération des «Jean-Baptiste», c’est-à-dire des pionniers tout court pour les générations futures. En tant que tels, nous avons, les uns et les autres, l’impérieux et fraternel devoir de préparer leur avenir, en les préservant des fléaux des guerres civiles et des violences à répétitions qui continuent à nous infliger de douloureuses épreuves.

Pour nous tous, l’heure n’est-elle pas venue de nous regarder dans le miroir et de nous demander qu’avons-nous fait, que faisons-nous et que ferons-nous dorénavant, pour que tout cela change, afin que la paix devienne pérenne? A ce propos, je voudrais fraternellement nous inviter à méditer sur ces deux articles que j’ai retrouvés dans mes archives. Il s’agit des articles écrits respectivement par le prof Dominique Ngoie-Ngalla, sous le titre «Présidentielles 97», dans le journal «Le Temps» n°068 du 16 janvier 1997, et Jean Mandzoungou dans le journal de l’Eglise évangélique «Le Chemin», en juillet 1997.
Le prof Dominique Ngoie-Ngalla
«Les présidentielles, c’est pour bientôt. Déjà s’ouvre, bien perceptible dans les Etats-majors politiques qui ont commencé à mobiliser, un temps de crise et d’examen. Les sept mois qui nous séparent de l’événement seront, de toute évidence, des mois de fièvre et de haute tension nerveuse qu’il appartiendra aux leaders politiques de surveiller, afin de savoir raison garder. Et il y a de quoi.
En effet, plus qu’aux présidentielles de 1992 où le bon peuple congolais se montre étonnamment démocrate, les responsables politiques devront travailler à canaliser, si proche de la furia dévastatrice, la fougue de leurs militants depuis marqués par les affrontements interethniques de 1993-1994 dont le pays, sur le psychologique et des relations sociales, comme sur le plan économique, a tant de mal à se remettre.
Déjà, dans tous les quartiers de la ville, on ne parle plus que de ces choses, la peur au ventre, et chez certains, le couteau entre les dents. Et beaucoup de nos compatriotes se préparent à déserter les Brazzaville noires, pour se mettre à l’abri de la violence qu’ils pensent inévitable. Comme si celles de 1959 et les toutes récentes n’avaient pas suffi! L’histoire, avait dit Paul Valery révolté, qui en attendant en vain des leçons, ne sert à rien. C’est vrai que le bénéfice de la sagesse par l’histoire a été refusé aux aventuriers et aux foules. Mais, pour celui qui réfléchit, l’histoire a une incontestable valeur éducative. Les leaders politiques qui ne sont pas de mauvais bougres, ni des assassins prêts à marcher sur des cadavres pour parvenir à leurs fins, mais des hommes de réflexion et de méditation, devront s’attacher à enseigner à leurs militants tendus et anxieux, les avantages de la justice et de la paix et que les élections ne peuvent pas être l’occasion, pour eux, de laisser au bord de la route, d’occire ou même de molester, en cas d’échec, qui n’est pas de leur bord».
Jean Mandzoungou
«En fait, notre classe politique n’est pas en mesure de tenir une seule promesse. Pendant quatre ans, on a feint de croire qu’on pouvait asseoir la paix et la préserver à partir des seules déclarations d’intentions, sans avoir à vérifier et à sanctionner les actes des uns et des autres sur le terrain. Cette politique du faux consensus et de l’impunité a eu pour résultat d’affaiblir sérieusement l’autorité de l’Etat.
La réalité aujourd’hui est que nos leaders politiques sont inconstants et hypocrites. Ils renouent facilement avec leurs vieux démons, tant leur pratique montre que la fin justifie les moyens. La violence, la manipulation de l’opinion, la corruption des esprits et la tricherie restent encore des moyens d’action pour la conquête ou la conservation du pouvoir. Les milices, privées ou officielles, loyales ou rebelles, demeurent à cet égard pour les uns et pour les autres, un enjeu stratégique.
Le vrai problème, à notre avis, réside donc dans la nature de notre classe politique (au pouvoir comme hors du pouvoir): incapable de respecter les règles d’un Etat de droit et de s’enraciner dans une culture démocratique. Cet état de choses l’empêche de concevoir et d’accepter un véritable code de bonne conduite, garantissant un scrutin libre et transparent et une campagne électorale sereine, faisant place à un débat responsable sur le bilan de ceux qui ont eu à gérer, et les aptitudes à mieux gérer, de ceux qui aspirent au pouvoir.
Le vrai problème, disons-nous, est dans la tête de nos responsables politiques. Tant que ceux-ci n’auront pas compris et mis en avant les intérêts fondamentaux de notre peuple, tant qu’ils manipuleront les esprits fanatiques à leur cause égoïste, le pays connaîtra encore et pour longtemps, son chemin de croix, avec des simulacres de repentance, de cessez-le feu, d’accords et autres pactes pour la paix à répétition dont ils seront toujours eux-mêmes les fossoyeurs».
En politique, les gens sont guidés par leurs intérêts
Voilà ce qui me pousse à comprendre et à penser que la politique est tout à fait autre chose. Car en politique, les gens sont guidés par leurs intérêts et il y a très peu de place pour les sentiments. Les luttes politiques, la conquête du pouvoir, la défense des intérêts font que ceux qui étaient ensemble hier s’opposent aujourd’hui. Sur le terrain politique, le vice émerge plus facilement que la vertu.
Hier, notre firmament politique fut marqué par des assassinats sauvages, inexpliqués et injustifiés. Que peut-on dire de ce qu’il en est aujourd’hui? Ne continue-t-on pas à appliquer la loi du Talion (œil pour œil, dent pour dent)? Ne continue-t-on pas à tuer pour se faire peur dans l’espoir de s’imposer politiquement?
En conclusion, je pense que nous, les Congolais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, nous devons nous engager ensemble, être plus unis que jamais, en oubliant ce qui nous divise, pour que notre beau et cher pays, le Congo, retrouve les conditions de la stabilité et de pérennité sans lesquelles il est condamné à disparaître. Car, il est dangereux de confondre la lutte pour la paix avec la lutte pour le pouvoir. La paix est une nécessité vitale pour la société. Dans ce cas, il n’y a plus à opposer la paix à des préalables. Tant que la logique de la paix ne deviendra pas la logique des négociations et du dialogue, toute construction sera vouée à l’échec.









