Politique
Décès de l’ancien Premier ministre
et ancien sénateur, Ange-Edouard Poungui!
L’ancien Premier ministre et ancien sénateur U.pa.d.s (Union panafricaine pour la démocratie sociale), Ange Edouard Poungui, membre du Bureau politique et du Comité d’honneur de l’U.pa.d.s, est décédé à l’âge de 84 ans, mardi 28 avril 2026, à Créteil, au Sud de Paris (France), des suites d’une longue maladie qui l’avait éloigné de la scène politique nationale. Proche du Président Pascal Lissouba, il avait en même temps, à travers son épouse, un lien de parenté par alliance avec le Président Denis Sassou-Nguesso.
En voilà encore un baobab de la vie politique congolaise qui vient de quitter la terre des hommes. Ange-Edouard Poungui est un vieux routier de la politique congolaise, qui a commencé à militer au M.n.r (Mouvement national de la révolution), le parti du Président Alphonse Massamba-Débat (au pouvoir de 1963 à 1968). Il est parmi les membres fondateurs du P.c.t (Parti, congolais du travail), avec le Président Marien Ngouabi, en décembre 1969. En effet, à l’issue du congrès constitutif du P.c.t (29 au 31 décembre 1969), il fait partie du premier Bureau politique de ce parti unique au pouvoir, membre titulaire du Comité central chargé des finances et matériels. Une position qui va propulser sa carrière professionnelle de banquier.
Après des stages en milieu bancaire, il est détaché, en 1973, à la Banque des États de l’Afrique centrale. Puis, il fait une carrière bancaire qui le conduit à être directeur adjoint de la Banque des États de l’Afrique centrale (1975-1979), directeur général de la B.c.c (Banque commerciale congolaise), de 1979 à 1984, et de directeur national de la B.e.a.c (Banque des États de l’Afrique centrale), de 1994 à 1997, sous le mandat du Président Pascal Lissouba.

Au plan politique, Ange-Edouard Poungui fut ministre des finances et du budget (1971-1973), vice-président du Conseil d’Etat (1972-1973). Arrivé au pouvoir en février 1979, le Président Denis Sassou-Nguesso fait de lui son Premier ministre, de 1984 à 1989. Ange Edouard Poungui est président du Conseil économique et social, quand le vent de la démocratie souffle dans le pays, à partir de 1990.
Après sa démission du P.c.t en 1990, il crée un parti, la C.d.u.r (Convention des démocrates pour l’unité de la république), avant de le dissoudre et de se rapprocher de Pascal Lissouba qui vient de créer l’U.pa.d.s. En 1992, il est élu député de ce parti, dans la circonscription de Madingou (Département de la Bouenza). Il est directeur national de la B.e.a.c, quand survient la guerre de juin-octobre 1997 qui provoque la chute du Président Pascal Lissouba. Il prend donc le chemin de l’exil et obtient le statut de réfugié politique en France, où il anime, depuis 2002, une association, l’Errad (Espace pour la réflexion et l’action pour le retour de la démocratie au Congo).
Ange-Edouard Poungui regagne le Congo en novembre 2006, à la faveur de la politique d’ouverture prônée par le Président Sassou-Nguesso. Les 27 et 28 décembre 2006, il participe au premier congrès extraordinaire de l’U.pa.d.s, à Brazzaville, qui fait de lui vice-président du parti. Le Conseil national, qui se réunit du 30 novembre au 1er décembre 2008, le choisit comme candidat de l’U.pa.d.s à l’élection présidentielle de juillet 2009. Mais, sa candidature est recalée par la Cour constitutionnelle, qui relève un défaut de résidence continue dans le pays, les deux dernières années. Trois autres candidatures, celles notamment de Rigobert Gouolali, Christophe Moukouéké et Marcel Guitoukoulou, tous étant de l’opposition, sont recalées, pour divers motifs.
Il n’empêche, poursuivant sa vie politique, Ange-Edouard Poungui est élu sénateur en 2011, dans le Département de la Bouenza, et réélu en 2017, sans qu’il ne batte campagne, pour raison de santé. Début 2015, au nom du dialogue, il compte parmi les acteurs politiques reçus par le Président Denis Sassou-Nguesso, dans le cadre des consultations présidentielles sur la vie de la Nation et de l’État. Son parti, l’U.pa.d.s, avait boycotté cette initiative, en la soupçonnant d’être une stratégie devant conduire le pays au changement de la Constitution. Le sénateur est ainsi frappé d’une mesure de suspension aux activités du parti.

Au long des années, l’âge et la santé s’en mêlant, on n’entendra tellement plus le nom d’Ange-Edouard Poungui dans la vie politique nationale. En janvier 2020, il perd son épouse, Mme Thérèse Poungui, nièce du Président Denis Sassou-Nguesso. Il ne peut participer ni aux obsèques à Brazzaville ni aux funérailles à Edou, car affaibli par un A.v.c (Accident vasculaire cérébral) qui avait réduit sa mobilité. Il serait aussi victime de la maladie d’Alzheimer, qui se caractérise, entre autres, par la perte progressive de la mémoire. En 2023, il perd son statut de sénateur, ne s’étant pas présenté aux élections sénatoriales.
Ange-Edouard Poungui compte parmi les figures qui ont lutté pour l’avènement de la démocratie au Congo au début des années 90. Voyant que le Président Denis Sassou-Nguesso hésitait à ouvrir le pays au multipartisme, il démissionna de son poste de Premier ministre, apportant ainsi l’eau au moulin des forces vives qui exigeaient l’instauration du pluralisme politique.
Intellectuel de gauche, il commença à militer en politique, dès son jeune âge. Il fut président de l’Asco (Association scolaire du Congo) durant l’année scolaire 1963-1964, et président de l’Ugeec (Union générale des élèves et étudiants congolais), en 1967-1968, et devint militant du M.n.r. Dans un ouvrage-entretien réalisé avec l’informaticien et écrivain, Calixte Baniafouna, et publié en juin 2008, il parle «de son enfance, de ses origines, sa scolarité, sa carrière intermittente de banquier et d’homme politique, ses amis comme ses ennemis, son exil en France, la mondialisation et la vision qu’il a de son rôle à venir dans son pays… mais aussi des relations entre la France et le Congo-Brazzaville».
Jean-Clotaire DIATOU
Meeting d’Ange-Edouard Poungui, candidat de l’U.pa.d.s en 2009









