Tribune

Syndrome métabolique
au Congo-Brazzaville: prévention
et perspectives d’avenir

Le syndrome métabolique représente, aujourd’hui, un défi majeur de santé publique, en République du Congo, notamment à Brazzaville et dans les grandes zones urbaines. Associant généralement plusieurs facteurs de risque (obésité abdominale, hypertension artérielle, diabète ou hyperglycémie et anomalies du cholestérol), le syndrome métabolique, par cette combinaison, augmente fortement le risque des maladies cardiovasculaires, d’A.v.c (Accident vasculaire cérébral) et d’insuffisance rénale.

Par le Dr Diaz Patrice Badila Kouendolo
Des études réalisées au C.h.u de Brazzaville montrent une progression des maladies métaboliques et cardio-vasculaires liées aux changements de modes de vie. L’urbanisation rapide, la sédentarité ainsi que la diminution de l’activité physique favorisent cette évolution. Ces travaux ont montré une fréquence importante du syndrome métabolique chez les patients hospitalisés, une association forte avec les cardiopathies ischémiques, une augmentation du diabète de type 2 et de ses complications rénales.
Cette transition épidémiologique traduit le passage progressif aux maladies chroniques non transmissibles. Plusieurs éléments expliquent cette progression. Les principaux facteurs de risques au Congo, sont:
– l’urbanisation et l’alimentation moderne;
– la consommation accrue de boissons sucrées, des aliments transformés et des fast-foods;
– la diminution des aliments traditionnels riches en fibres;
– la sédentarité et le travail plus statique en milieu urbain;
– la réduction des activités physiques quotidiennes;
– l’obésité et le surpoids, particulièrement chez les adultes urbains et les femmes.
Equiper les hôpitaux et assurer régulièrement leurs stocks de consommables, pour une bonne prise en charge des patients
Le manque de dépistage fait que beaucoup de personnes ignorent qu’elles souffrent d’hypertension ou de diabète. Le faible accès aux soins spécialisés, l’insuffisance de programmes structurés de prévention cardio-métabolique créent les conditions favorables à l’expansion du syndrome métabolique.

 

Quelles stratégies de prévention?
La prévention se situe d’abord au niveau individuel. Les mesures les plus efficaces restent la pratique d’une activité physique régulière, la réduction de la consommation du sucre, du sel et des graisses saturées, pour privilégier la consommation des aliments locaux: légumes; manioc; fruits; poisson. Il faut nécessairement éviter le tabac et limiter l’alcool. En somme, il faut adopter des habitudes de consommation mettant à l’abri du syndrome métabolique, en suivant les conseils donnés.

Le C.h.u de Brazzaville
Ensuite, il faut surveiller régulièrement la tension artérielle, la glycémie, le poids et le tour de taille. Pour ceux qui le peuvent, acquérir les appareils permettant de mesurer ces éléments (tension, glycémie, poids et taille) est un avantage. Autrement, il faut se rendre régulièrement dans un C.s.i (Centre de soins intégré), dans une pharmacie qui offre certains de ces services ou une clinique, pour mesurer ces éléments.
La prévention est, ensuite, au niveau communautaire. Le Congo pourrait renforcer:
– les campagnes d’éducation sanitaire;
– les programmes de dépistage précoce dans les centres de santé intégrés;
– l’éducation nutritionnelle dans les établissements scolaires;
– les programmes sportifs scolaires et communautaires.

Enfin, la prévention se fait aussi au niveau institutionnel. Les perspectives les plus prometteuses doivent inclure:
– l’intégration des maladies métaboliques dans les politiques nationales de santé;
– le développement des centres spécialisés en diabétologie et cardiologie;
– la formation du personnel médical;
– l’utilisation du numérique et du téléphone mobile pour le suivi des patients.

Les perspectives d’avenir
L’avenir dépendra fortement de la capacité du système de santé congolais à anticiper l’augmentation des malades chroniques. Le scénario positif se présente ainsi qu’il suit: si des politiques de prévention sont renforcées, les résultats vont se manifester à travers:
– la baisse des complications cardio-vasculaires;
– la réduction des coûts hospitaliers;
– l’amélioration de l’espérance de vie;
– la meilleure sensibilisation de la population.

L’Unité d’hémodialyse du C.h.u de Brazzaville
Par contre, en cas d’inaction, donc demeurer insensible à la lutte contre le syndrome métabolique, ne pas mener des programmes de prévention, les conséquences suivantes vont se manifester au sein de la société:
– augmentation du nombre de cas de diabète et d’hypertension;
– hausse des cas d’insuffisance rénale et d’accident vasculaire cérébrale (A.v.c);
– surcharge du système hospitalier;
– impact économique important sur les familles et sur l’Etat.
Conclusion
Le syndrome métabolique constitue une menace croissante contre la société et un grand problème de santé publique. Au centre de ce phénomène: le mode de vie et l’environnement en matière d’alimentation, d’hygiène et de soins de santé. Le Congo-Brazzaville connaît des mutations socio-économiques, en raison de l’urbanisation et des changements de mode de vie. Toutefois, il existe des perspectives encourageantes grâce à une politique nationale de santé incluant une grande dimension préventive, à travers des programmes de dépistage précoce, l’éducation sanitaire, la promotion de l’activité physique donc de la pratique du sport, l’équipement des établissements de santé et leur bon fonctionnement par une meilleure organisation des soins. A cela, il faut ajouter la construction des centres d’hémodialyse, pour soulager les personnes souffrant d’insuffisance rénale. Le C.h.u est déjà doté d’une unité d’hémodialyse dont il faut assurer le fonctionnement régulier. De même, l’Hôpital général Adolphe Cissé de Pointe-Noire offre un service de dialyse, tout comme la Clinique Nouvelle vie médicité de Brazzaville. Quelques centres privés de dialyse existent aussi, sauf que les coûts prohibitifs pratiqués par séance épuisent le pouvoir d’achat des malades et de leurs familles. La prévention reste, aujourd’hui, la stratégie la plus efficace et la moins coûteuse, pour limiter les complications futures des pathologies liées au syndrome métabolique.
Dr Diaz Patrice BADILA KOUENDOLO
Gériatre, Chef de service, Chef de Pôle Gériatrie;
Hôpital Hôtel Dieu, Groupe SOS Santé France;
Spécialiste des troubles neurodégénératifs;
Expert en gestion et politique de santé.

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