Deux écoles philosophiques s’affrontent sur la question de la place de la morale en politique. Les réalistes, s’inspirant de Machiavel, ou plus proche de nous, Max Weber, prônent le principe de soustraire la morale de la politique, car celle-ci demeure l’art de conquérir et de conserver le pouvoir, en rendant possible l’usage de la ruse et la force. Pour eux, la fin justifiant les moyens, la politique est prioritaire devant la morale qui doit venir en seconde position, le monde étant un univers imparfait.
Inadmissible, pour les idéalistes s’inspirant d’Emmanuel Kant. Quel que soit son objectif, la politique n’a de sens pour l’humain que si elle se soumet à l’éthique, aux principes moraux et aux droits de l’homme. Autrement, elle devient destructrice de la société humaine et sans société humaine, la politique ne peut exister en tant qu’art de la conquête et de la conservation du pouvoir. Le 20ème siècle s’est achevé sur un progrès important de leur conception de la politique, quand l’humanité a vu l’horreur de la Seconde guerre mondiale. Ce que l’homme est terriblement le loup de l’homme, comme les Latins l’avaient déjà constaté.
Les progrès de la démocratie à travers le monde rendent de plus en plus l’exigence éthique comme base de l’art politique. Etant entendu que l’exercice du pouvoir provient de la légitimité que lui confère la reconnaissance du peuple souverain, selon l’exigence démocratique. La philosophie kantienne revêt une importante dimension morale, parce qu’elle appelle à traiter l’humain non comme un simple moyen pour parvenir à ses fins, mais comme une fin en soi. D’où la notion de la dignité humaine. La politique remplit sa mission quand elle sert la dignité humaine.
Dès lors, pour les acteurs à la direction des affaires publiques, la probité et l’exemplarité sont des conditions sine qua non d’exercice de l’autorité publique. C’est ce qui sied à la démocratie que nous avons choisie comme mode d’organisation politique dans la gouvernance de nos affaires. C’est une évidence implacable qu’il y a une éthique en politique. Bien sûr, personne n’est parfait. La perfection n’est pas de ce monde, reconnaît-on. L’humain est faillible et c’est le propre de sa nature. Mais, en matière d’exercice de l’autorité publique, c’est une exigence incontournable que de se soumettre à la probité et à l’exemplarité. De telle sorte que, quand on y a failli, on ne soit plus à même, moralement, d’exercer l’autorité publique, pour se soumettre aux lois de son pays, afin de reconquérir la confiance perdue de son peuple.
L’affaire des présumées violences conjugales, qui concerne un membre du gouvernement relève de cet ordre. Ce n’est pas une histoire d’être pour ou contre le ministre, ou de calculs politiciens pour le mettre hors-jeu et convoiter sa place. C’est une histoire de principe éthique dans la construction de notre jeune démocratie. Il s’est excusé, c’est la reconnaissance implicite de sa faute. Ce qui est un grand pas, parce qu’en politique, tout n’est pas permis, l’éthique impose des limites. Mieux vaut tard que jamais. Voilà qui permet de jauger le niveau de sapience de la classe dirigeante. Le peuple, lui, n’a que le pouvoir de jugement, son verdict intervenant à travers les urnes.
L’HORIZON AFRICAIN




