Il ne faut pas faire du développement national un prétexte politique. Il faut en faire une culture, pour qu’il soit réalité. A l’aube du nouveau mandat, l’on remarque que l’élite politique aux affaires n’est préoccupée que par le positionnement personnel. Le gouvernement, avec ses indemnités mirobolantes et les avantages élastiques qu’il confère, est l’institution qui attire le plus, comme un aimant attire le fer. Chacun rêve d’y être et a tendance à prendre son rêve pour de la réalité. Mais, la question qu’il faut se poser est celle de savoir si un changement d’acteurs donne inévitablement la garantie de la bonne gouvernance, de la gestion axée sur les résultats ou de l’efficacité de l’action. On aura beau changer les acteurs, si le contexte demeure, si on continue de faire de la même façon et que les mentalités ne changent pas, on n’avancera pas. Le développement ne sera qu’illusion.
Dans notre contexte de pays dotés d’énormes atouts pour son développement, mais où l’action gouvernementale peine à créer les conditions de développement attendues par les populations, ce qui est en cause, c’est beaucoup plus les méthodes, la façon de faire, de gérer, la tolérance aux anti-valeurs qui est devenue caractéristique de la gestion publique et le manque de contrôle et de compte-rendu, à cause d’une façon de faire la politique qui privilégie le militantisme baignant dans l’égoïsme.
Dans le domaine public, pour qu’une action donne un bon résultat, il faut mobiliser un budget deux, trois voire quatre fois plus important que dans le secteur privé. Le taux de coulage budgétaire y est hémorragique. Tout simplement, parce que les notions d’efficience et d’efficacité y sont foulées au pied; parce que tout le monde voit grand pour impressionner, sans être capable de faire grand.
Le principe de redevabilité y est manipulé au point qu’il est vidé de son sens. Il n’y a qu’à voir les séances d’interpellation du gouvernement dans les deux chambres du parlement. Il n’en sort que de belles paroles, de beaux discours. Des discours et encore des discours donnant l’illusion que le travail se fait bien. C’est l’art illusionniste de la politique et notre pays n’en fait pas exception.
Mais, quand on laisse la politique se faire essentiellement comme ça, on a l’exemple d’un pays comme le nôtre où, malgré ses atouts et le travail qui se fait, le ressenti quotidien des populations est qu’on recule. Quels stades avait le Congo dans les années 70 pour aller conquérir des titres continentaux, en football? L’exemple le plus saisissant est celui du handball féminin. Quels moyens avait le Congo dans les années 80, pour faire briller son handball féminin sur le continent, pendant presqu’une décennie? Lorsque les handballeuses d’autres pays africains découvraient le site où les Diables-Rouges handball dames s’entraînaient, à Ouenzé, ils n’en croyaient pas leurs yeux: un terrain vague, sans installation ni commodité. Maintenant qu’on a des stades dans tous les chefs-lieux de département; des gymnases dans la ville capitale, le sport congolais a sombré dans des querelles interpersonnelles. Même l’interpellation d’un sage, comme le président de la Cour constitutionnelle, est vue par certains comme un propos mal venu, alors qu’il est plein de bon sens. En matière d’électricité, quelle différence sentent les citadins de la capitale aujourd’hui, avant et après Imboulou? Et on peut multiplier les exemples du genre qui interrogent notre progrès social.
Bref, le développement, c’est aussi et surtout l’homme. Si on ne réussit pas à transformer les mentalités, ce que les économistes congolais appellent «changer de logiciel mental», les résultats ne seront pas au rendez-vous. On aura beau changer les acteurs, si les mentalités ne changent pas, si on ne change de façon de faire, on n’introduit pas les normes et les principes qu’exigent la bonne gouvernance, on sera confronté aux mêmes difficultés. Le développement est une culture de rigueur et non du laisser-aller.
Le grand défi du nouveau mandat de Denis Sassou-Nguesso, c’est surtout, comme il l’a déjà dit lui-même, d’assoir les mentalités nécessaires à l’intérêt public, à la bonne gouvernance et au développement. Autrement, la politique ne sera plus qu’une histoire d’intérêts personnels, le «j’y suis j’y reste», condamnant à faire du développement national un prétexte politique. Développer, c’est viser le changement de mentalités, en plus de la construction des infrastructures.
L’HORIZON AFRICAIN




