Parmi les soutiens du Président Denis Sassou-Nguesso, il y a une frange assez importante de cadres, de membres de l’élite intellectuelle qui sont des démocrates convaincus, c’est-à-dire des acteurs socio-politiques respectueux des principes démocratiques sur lesquels ils ne transigent pas. Pour l’essentiel, ils soutiennent Denis Sassou-Nguesso, pour sa politique de stabilité institutionnelle et de développement national.
Parmi ses soutiens, il y a aussi les militants, tout naturellement. Ils constituent sans nul doute la plus grande frange, le levier sur lequel le leader compte pour ses batailles politiques, parce que les militants suivent leur dirigeant, quelles que soient les circonstances.
Enfin, il y a les autres catégories, comme les opportunistes que les marxistes appellent les profito-situationnistes, ceux-là qui visent à monnayer leur soutien, qui privilégient leurs intérêts, jouent au matala (le m’as-tu vu), prétendent toujours avoir fait ceci ou cela pour le pouvoir et estiment qu’ils ne sont pas récompensés ou pas assez, recherchant donc à assouvir leurs ambitions; les radicaux, ceux-là qui ne reculent devant rien pour l’intérêt du pouvoir: ils heurtent, bousculent et tant pis, tant qu’il s’agit de défendre le pouvoir.
Pour l’élection présidentielle qui vient de se tenir dans notre pays, il y avait un avis largement partagé que le Président sortant sera réélu, parce qu’en face de lui, il n’y avait aucun candidat de taille pouvant le conduire au deuxième tour et encore moins le battre. Ensuite, le processus électoral est verrouillé au profit du système politique en place. Pour s’en convaincre, certains disaient qu’ils ne voyaient pas comment le ministre de l’intérieur allait faire pour proclamer à la télévision nationale que Joseph Kignoumbi-Kia-M’Boungou, ou Uphrem Dave Mafoula ou Anguios Nganguia-Engambé, etc, est élu Président de la République. C’est l’âne qui donne naissance à un cheval. Ça n’existe pas.
Le seul acteur qui semait le doute, c’est l’abstention, parce que l’électeur congolais était gagné à l’idée que son vote n’allait rien changé à la donne et que l’élection n’avait pas d’enjeu compétitif. Alors, pourquoi aller aux urnes, surtout que les affres du bilan gouvernemental mitigé flagellent leur quotidien avec les coupures d’électricité, la chute du pouvoir d’achat des ménages, etc. On a vu comment les Congolais ont réagi à la vérité, pourtant connue de tous, que dans la Fonction publique, il n’y a pas assez de places et qu’il faut aux jeunes se prendre en charge (Voir la lettre de Yakamambu). Reprise par le candidat de la majorité, cette vérité a contribué à démotiver l’électorat jeune qui estime qu’en disant cela, le Président de la République a abandonné la jeunesse.
Ainsi, pour ce scrutin, tout le monde a constaté les faits généraux suivants: il y avait foule, dans les meetings du candidat de la majorité, partout où il est passé à travers le pays, c’est un fait incontestable, au-delà des explications qu’on peut s’en faire; les candidats de l’opposition ont fait piètre figure, ils ne sont même pas allés dans tous les départements; il n’y avait pas foule dans les centres de vote, il y avait même des bureaux de vote qui ont passé des heures, sans recevoir de votants. Bien sûr, certains endroits ont connu quelques modestes foules. Mais, de manière générale, il n’y avait pas d’engouement dans les bureaux de vote; la coupure des télécommunications, particulièrement les appels, a créé le désarroi au sein des populations, généralement, c’est seulement l’Internet qui est coupé, or, cette fois-ci, on a coupé même les appels.
Dans un système électoral basé sur la majorité absolue, le candidat est élu au premier tour, s’il obtient un peu plus de 50% des voix. Si la réélection du Président Denis Sassou-Nguesso était attendue, par contre les résultats publiés ont suscité une grande surprise: 94,82% des voix exprimées sur un taux de participation de 84,65%. A-t-on vécu cette réalité le jour du vote? En tou cas, ces statistiques semblent exprimer une autre réalité.
Les démocrates qui soutiennent Denis Sassou-Nguesso se retrouvent dans la situation d’invités à un gala où on leur sert un menu trop salé. On peut encore dire: le café est trop fort qu’il suscite des vertiges. Même à 55,4%, le candidat est élu et ne souffrira d’aucune contestation de la légitimité de son pouvoir. Pourquoi un score à la soviétique? Est-ce l’expression de la radicalité ou de l’extrémisme dans la conservation du pouvoir?
Le journaliste Brony Fortunat Ngouolali a sans doute eu le commentaire le plus pertinent sur les résultats de ce scrutin: «Ce score vient défier les lois de la probabilité démocratique. On peut se féliciter… Mais, il faut dire que c’est la misère de la démocratie. Dans des pays où la démocratie est stable, un tel score n’est pas possible».
Et pourtant, désormais, il nous faudra faire avec!
L’HORIZON AFRICAIN




