Commentaire

«On nous avait promis l’émergence en 2025, nous voilà dans la détresse»

Le quotidien des citadins de Brazzaville, la ville capitale avec ses 2,2 millions d’habitants, est actuellement un véritable parcours du combattant, en raison des délestages d’électricité, des pénuries d’eau courante et de carburant, de l’inflation des prix des denrées alimentaires, des difficultés du transport en commun et des services défaillants en matière de santé, sur fond de crise économique, pour ne citer que ces chapitres qui alimentent les conversations en ce moment. Ces crises (d’électricité, de carburant, d’argent…) plongent une grande partie de la population urbaine dans la précarité, alors que le taux de mortalité est en nette augmentation. Paradoxalement, le gouvernement, sous la conduite du Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, avait prévu, à partir de 2010, de faire du Congo un pays émergent à l’horizon 2025, à travers le Plan «Congo vision 2025». Non seulement l’émergence n’a pas été au rendez-vous, mais encore le quotidien de nombreux Congolais est devenu une vraie gymnastique après 2025. Aujourd’hui, rien que dans la capitale, la majeure partie de la population est dans la détresse, à cause des délestages de l’électricité et des pénuries de carburant, ces derniers temps.

Au début des années 2010, les dirigeants vont prendre l’abondance des recettes pétrolières pour le niveau de développement du pays, alors que ce n’était qu’une conjoncture. En 2010 en effet, le budget de l’Etat est arrêté, en recettes et en dépenses, à la somme de 2.831,257 milliards de francs Cfa, en augmentation de pratiquement 50% par rapport à 2009. L’effet pétrole était là. Les dirigeants se mettaient à rêver. Ils s’étaient alors lancés dans les dettes, pour financer les grands projets comme la barrage hydro-électrique d’Imboulou (120 mégawatts), inauguré en 2011, dans une ambiance euphorique, en promettant la fin des délestages électriques à Brazzaville.
Sur le plan social, on peut aussi dire que la manne pétrolière est redistribuée aux travailleurs, à travers l’augmentation du point de la valeur d’indice des agents de la Fonction publique. Après l’accord entre le gouvernement et les syndicats, le point d’indice est passé de 225 en janvier 2014, à 300 en janvier 2017, malgré la crise économique qui avait déjà sonné dans le pays.
En effet, en 2013 et 2014, le budget de l’Etat avait dépassé les 4.100 milliards de francs Cfa. Les caisses de l’Etat étaient pleines. L’on ne faisait plus attention à la montée de la corruption, notamment aux détournements de fonds et à la surfacturation dévastatrice des marchés publics, malgré une politique nationale de lutte contre la corruption pourtant affirmée. Cette gouvernance axée sur le recours à l’emprunt, pour financer les grands projets et parfois même le fonctionnement de l’Etat allait finir par coûter cher au pays, lorsque survint le choc pétrolier mondial de l’été 2014, faisant tomber le prix du baril de pétrole de plus de 100 dollars à environ 35-37 dollars à la fin de 2015.
Reportage de TV5

A partir de cette année-là, le budget de l’Etat avait changé de cap, en prenant une tendance baissière au fil des années qui allaient suivre, alors que le gouvernement, pour faire face au poids de la dette publique, se mettait à dépenser aussi les fonds des générations futures. Dès décembre 2016,  le Congo entrait au marché financier et des titres de la Cemac, pour ne plus le quitter, aggravant ainsi son endettement. Les difficultés économiques étaient telles qu’en juillet 2019, le Congo, après avoir longtemps hésité, a fini par frapper à la porte du F.m.i, pour obtenir un accord triennal, suivant un engagement sous-régional pris lors du sommet de la Cemac de 2016 à Yaoundé (Cameroun). Malheureusement, ce programme triennal de redressement économique conduit par le gouvernement Mouamba, n’arrivera pas à terme.
Le niveau le plus bas du budget de l’Etat est atteint dans la loi de finances exercice 2021, arrêtée en recettes à la somme de 1.671 milliards 635 millions de francs Cfa et 1.521 milliards 15 millions de francs Cfa en dépenses. Cette année-là, c’était la catastrophe. Le pays était plongé dans une sévère crise économique, aggravée par la pandémie de covid-19 qui, à partir de décembre 2019, se répandait dans le monde, pour sévir jusqu’en 2021.
Pendant ce temps, l’encours de la dette publique avait atteint 8.130,56 milliards de francs Cfa, représentant 116,05% du P.i.b (Produit intérieur brut), au-dessus du seuil communautaire de la Cemac fixé à 70%. Voilà comment le gouvernement Makosso 1 frappait à la porte du F.m.i, pour conclure, le 21 janvier 2022, un nouvel accord de trois ans, qui sera exécuté jusqu’au bout, mais avec des résultats peu convaincants en 2025, sur le redressement économique du pays.
Depuis le début de l’année 2026, la situation économique ne s’améliore pas. Les difficultés du quotidien se multiplient. A Brazzaville, l’électricité, qui fait vivre des milliers de familles dans le secteur informel et l’artisanat, est devenue une denrée rare. Des quartiers entiers passent une semaine voire un mois et même plus sans électricité. A cela s’est ajoutée la crise du carburant. La vie est devenue pour beaucoup un épouvantable parcours du combattant.

Reportage de DRTV sur une manifestation de jeunes à Brazzaville

De nouveau, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a jugé qu’il n’y a pas d’autre choix que de recourir au F.m.i, en dépit de la méfiance que nourrissent certains dirigeants à l’égard de cette institution. Ainsi, une délégation du F.m.i conduite par l’Espagnole Pilar Garcia Martinez a séjourné du 24 septembre au 7 octobre 2026 à Brazzaville, où elle des échanges marquant le lancement officiel des négociations avec les autorités congolaises, en vue d’un nouveau programme financier soutenu par la Fec (Facilité élargie de crédit), couplé à la consultation de 2026 au titre de l’Article IV. Les questions abordées concernent la maîtrise de l’endettement public, l’amélioration des recettes fiscales, la rationalisation des dépenses et le renforcement des réformes structurelles notamment dans les secteurs de l’électricité et de la transparence financière. En quittant Brazzaville, la délégation du F.m.i a jugé cette première mission comme étant constructive. Les négociations vont se poursuivre donc, jusqu’à l’établissement de l’accord.
En dépit de cela, certains pensent que la coopération avec le F.m.i ne suffira pas pour redresser l’économie congolaise suffoquant sous le poids de la dette et d’une gouvernance affectée par des antivaleurs. Il faut une volonté politique que seul le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, peut imprimer, de nature à relancer la confiance de la population, comme lui-même le remarque par ailleurs.

Jean-Clotaire DIATOU

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