Le photographe et réalisateur congolais, Lebon Chansard Ziavoula, alias Zed Lebon, est en pleine exploration de son passé. Après avoir participé, du 23 au 27 mars 2026, à une résidence d’écriture à Cotonou, au Bénin, il prépare, à Brazzaville, son documentaire: «Itatolo, terre des morts». Trente ans après la disparition de sa mère, il part à la recherche de sa tombe, confronté à la fragmentation des souvenirs, à l’inexistence des archives et aux silences familiaux. Entre mémoire et transmission, son film documentaire se transforme en un hommage sensible et poignant à ceux qui nous ont quittés, donnant vie au passé à travers le cinéma.
Le projet de Zed Lebon a convaincu le jury de la résidence panafricaine réuni à Cotonou, en raison de la force intime et universelle de son sujet. L’évènement de la résidence d’écriture a également réuni plusieurs cinéastes africains, dont Yacouba Beidara (Niger), Guy Merlin Djomo (Cameroun), Osée Adamassou (Bénin) et Abdoul Bagué (Burkina Faso).
Pour Zed Lebon, qui est également initiateur du Festival Kokutan’Art et de l’Association Mbongui art photo, le cinéma est une extension naturelle de son talent de photographe: il permet de donner du temps au récit, de capter les silences et de traduire en images le vide laissé par l’absence. «Certaines histoires ne peuvent pas tenir dans une seule image», explique-t-il.
Une quête intime, révélatrice d’un déficit d’archives

En partant à la recherche de la tombe de sa mère au Cimetière d’Itatolo, dans la partie Nord de Brazzaville, le cinéaste se heurte à une mémoire fragmentée, faite de récits partiels et de silences. Cette quête dépasse le cadre familial: elle met en lumière l’absence de politiques de conservation des archives visuelles au Congo. Dans un pays où les images se perdent facilement, faute d’institutions solides, de numérisation ou de valorisation du patrimoine, la mémoire collective reste fragile et souvent confinée à l’oralité.
Une scène artistique dynamique mais précaire
Comme beaucoup de créateurs congolais, Lebon Zed évolue dans un écosystème paradoxal: une scène artistique dynamique, mais peu soutenue par des structures durables. Festivals indépendants, collectifs, associations… L’essentiel de la vie culturelle repose sur des initiatives privées, souvent fragiles et dépendantes de financements extérieurs. Le cinéma, en particulier, souffre au Congo de l’absence d’une industrie structurée: financements rares; diffusion limitée et salles quasi inexistantes.
Un État en retrait
Si les autorités affichent souvent leur soutien à la culture, les acteurs déplorent l’absence de politiques publiques concrètes: manque de subventions; fonds dédiés au cinéma quasi inexistants; formation spécialisée rare… Autant de freins qui poussent les artistes à chercher des opportunités à l’étranger, pour produire leurs œuvres. Dans un pays où la mémoire reste fragile, cette démarche artistique prend une dimension particulière: celle d’un travail de sauvegarde, mené en marge des institutions, par ceux-là même qui en ressentent le plus urgemment la nécessité.
Roland KOULOUNGOU









