Cinéma
Hassim Tall Boukambou, le grand cinéaste
de la mémoire historique congolaise
Depuis plus de vingt ans, le réalisateur et producteur cinématographique congolais, Hassim Tall Boukambou, né le 8 juillet 1972, qui est aussi archiviste et documentaliste de profession, construit une œuvre documentaire cinématographique exigeante, consacrée à l’histoire politique, sociale et culturelle de son pays, le Congo-Brazzaville. À rebours des récits officiels, ses films interrogent les silences de l’histoire du Congo, redonnent voix aux artistes et aux acteurs oubliés. Ses œuvres font du cinéma un outil de filiation et de réparation mémorielle, pour un pays dont l’histoire est trop dominée par les influences politiciennes, édulcorant ainsi son déroulement objectif.
Chez Hassim Tall Boukambou, le documentaire cinématographique n’est jamais un simple exercice de style ni un jeu de mode. C’est une action de plongée profonde, pour ramener à la surface, le fond de l’histoire. Une action patiente, souvent solitaire, qui consiste à recueillir les paroles avant qu’elles ne s’éteignent et à sauver les images menacées par l’oubli. Depuis le milieu des années 2000, le cinéaste congolais s’est imposé dans le paysage culturel, comme l’un des chroniqueurs les plus attentifs de la mémoire historique du Congo-Brazzaville.
Ses premiers films, réunis sous le titre «Couleurs urbaines», prennent le pouls des villes africaines: Brazzaville; Bamako; Pointe-Noire… Autant de territoires filmés au ras-du-sol où la musique, les arts visuels et les paroles de la jeunesse dessinent une cartographie sensible du présent.

Avec le documentaire «Fespam 2009» puis «Couleurs Congo», son regard s’élargit. Le pays apparaît dans toute sa complexité, traversé par ses héritages, ses fractures et ses élans créatifs. Le tournant survient à partir de 2013 quand il s’engage dans la réalisation de la trilogie «Révolutionnaire(s)». Le premier épisode, sorti en 2015, l’a révélé au grand public et lui a permis de décrocher, en 2016, le Prix Ecran du documentaire international, au Festival Écrans noirs de Yaoundé, au Cameroun, et le Prix du meilleur réalisateur de la diaspora, au Festival Ya beto Film de Pointe-Noire, la même année.
«Révolutionnaire (s)», les trois films-documentaires inaugurent un vaste cycle consacré aux luttes politiques congolaises, de la période coloniale aux désillusions post-révolutionnaires. Présenté en avant-première en octobre 2025, le film-documentaire «Mémoires du Cfrad», quant à lui synthétise cette démarche, en retraçant l’histoire d’un lieu emblématique du théâtre congolais. Ce film rappelle que la culture est aussi une archive vivante, un espace de résistance et de transmission. Comme quoi, à travers ses films-documentaires, Hassim Tall Boukambou construit de grands musées cinématographiques où l’histoire se revit sans passion, dans le maximum de son objectivité.
Roland KOULOUNGOU
Interview de Hassim Tall Boukambou par l’Ufemco








