Tribune
«Tenir parole»: Sassou-Nguesso face
à l’épreuve des résultats
La phrase prononcée par Denis Sassou-Nguesso dans son message à la Nation prononcé le 14 août 2026, à la veille du 66ème anniversaire de l’indépendance nationale, le 15 août, mérite que l’on s’y attarde: «Le peuple dit avoir pleinement et en toute responsabilité honoré ses engagements durant ce scrutin. Il attend désormais les justes retombées de sa détermination et de son choix, ce qui nous impose le devoir de tenir parole». Au-delà du discours politique, cette déclaration peut être interprétée comme la formulation d’un véritable contrat entre le pouvoir et les citoyens: le peuple a fait son choix, il appartient, désormais, au pouvoir de démontrer que cette confiance produira des résultats concrets.
Du vote à l’obligation de résultats
En affirmant que le peuple a «honoré ses engagements», le Président Denis Sassou-Nguesso présente le scrutin comme l’aboutissement d’une relation de confiance. Les électeurs ont choisi, le pouvoir a, désormais, la responsabilité de transformer ce choix en réalisations. L’expression «justes retombées» est, à cet égard, particulièrement significative. Elle renvoie moins à une récompense électorale qu’aux effets concrets attendus par les populations: emplois; pouvoir d’achat; infrastructures; électricité; eau; santé; éducation; agriculture; industrialisation et amélioration des conditions de vie. Autrement dit, le message présidentiel peut se résumer ainsi: la confiance a été accordée; les résultats doivent maintenant suivre.

«Tenir parole»: un message au gouvernement
Cette formule ne s’adresse pas seulement au peuple. Elle constitue, également, un message clair à l’exécutif. Le nouveau quinquennat a été placé sous le signe de «l’accélération». Le gouvernement doit donc, désormais, passer de l’annonce des politiques publiques à leur exécution effective. La question est particulièrement importante dans un contexte où les finances publiques demeurent contraintes. La mobilisation des recettes intérieures, la réforme fiscale, l’amélioration du rendement des douanes, du foncier et des autres administrations génératrices de recettes deviennent ainsi des conditions essentielles de la réalisation des ambitions affichées. Le Chef de l’Etat semble donc poser une exigence simple: les slogans ne suffiront pas; il faudra des résultats mesurables.
Le budget 2027, premier grand rendez-vous
Dans cette perspective, le budget 2027 constituera un test majeur. C’est dans le budget que les grandes orientations politiques doivent se transformer en moyens financiers. Les priorités annoncées en matière d’emploi, d’agriculture, d’industrie, d’infrastructures, de capital humain et de services sociaux devront trouver leur traduction dans les crédits effectivement mobilisés et, surtout, dans leur taux d’exécution.
La véritable question ne sera donc pas seulement de savoir combien de milliards seront inscrits dans les documents budgétaires, mais combien seront effectivement dépensés dans les secteurs prioritaires et avec quels résultats. Entre la promesse et la réalité, il y aura l’épreuve de l’exécution.
Une pression nouvelle sur les ministres
Cette logique pourrait également modifier le rapport entre la présidence et le gouvernement. La reconduction d’Anatole Collinet Makosso comme Premier ministre, chef du gouvernement suivie de la formation du nouveau gouvernement, donne à l’exécutif une responsabilité particulière: celle de démontrer rapidement sa capacité à mettre en œuvre les orientations du chef de l’État. Chaque ministère pourrait ainsi être progressivement jugé sur des indicateurs concrets: projets réalisés; investissements mobilisés; recettes générées; emplois créés; services améliorés.
Dans cette logique, le prochain remaniement éventuel du gouvernement ne serait plus seulement une question d’équilibre politique. Il pourrait aussi devenir un instrument d’évaluation de la performance gouvernementale.
Une question plus profonde: l’après-Sassou Nguesso
Il serait toutefois imprudent de déduire de cette allocution une annonce sur la succession du Président de la République. Rien, dans la phrase citée, ne permet de l’affirmer. Mais, le nouveau quinquennat ouvre nécessairement une autre réflexion: celle du renouvellement générationnel et de la préparation de l’avenir politique du Congo, notre beau pays. À 83 ans, Denis Sassou-Nguesso entame un nouveau mandat qui sera nécessairement observé sous cet angle.
La question ne sera pas uniquement de savoir qui lui succédera un jour, mais de savoir quels responsables seront progressivement capables de démontrer leurs aptitudes à gérer l’Etat, l’économie et les grands équilibres politiques de notre pays, sans passer par les humiliations, les égoïsmes et les frustrations. Les responsabilités confiées aux différentes personnalités du gouvernement, leurs résultats et leurs capacités à gagner en influence seront donc observés avec une attention particulière.
Le véritable enjeu: transformer la confiance en résultats
Au fond, oui au fond, la phrase prononcée par le Président Denis Sassou Nguesso le 15 août 2026 contient à notre avis peut-être le principal défi du nouveau quinquennat. Le Chef de l’Etat reconnaît lui-même que le peuple attend, désormais, les «retombées» de son choix. Cela signifie que la légitimité politique devra progressivement être accompagnée d’une légitimité par les résultats et non la légitimité des selfies dans les réseaux sociaux. Dans quelques mois, puis dans quelques années, la population pourra légitimement poser la question: qu’est-ce que notre choix électoral a changé correctement dans notre vie?
C’est là que la formule «tenir parole» prend toute sa portée. Elle engage le pouvoir sur le terrain de l’action, de l’efficacité et de la responsabilité. Elle transforme une promesse électorale en obligation politique. Le défi du quinquennat 2026-2031 sera donc moins de convaincre que de démontrer. Le peuple a voté. Le pouvoir a reçu le mandat. Il reste maintenant à produire les résultats. Et c’est probablement là et là seulement que commence la véritable épreuve de «l’accélération». Michel Rodriguez ABIABOUTTI. Libre Penseur. (Brazzaville, le 15 août 2026 à 23h03).
Message à l’occasion du 15 Août 2026










