Village Diba-Diba (District de Moungoundou-Sud)

Homme tué par un éléphant:
qui va prendre en charge les obsèques?

Au Village Diba-Diba, dans le District de Moungoundou-Sud, au Nord du Département du Niari, un septuagénaire répondant au nom de Pascal Nganzimoyi, surnommé Ipoda, a été tué, le vendredi 17 avril 2026, par un éléphant. Les vidéos de cette attaque, postées sur les réseaux sociaux, font froid dans le dos, tant elles mettent en lumière la violence de l’attaque du pachyderme. Des bananiers écrasés, un corps humain aplati, suscitant tristesse, indignation et colère au sein de la population paysanne.

Selon le sous-préfet de Moungoundou-Sud, Jean Aimé Mbongo Passy, joint au téléphone, tout a commencé par l’intrusion, aux premières heures de la matinée du vendredi 17 avril, d’un éléphant solitaire au Village Diba-Diba. Alertée, l’autorité dit avoir conseillé à ses concitoyens de rester cachés dans leurs maisons, en attendant l’arrivée de policiers postés au chef-lieu du district, à quelque 12 kilomètres de là, pour venir éloigner le pachyderme.
La victime, Pascal Nganzimoyi
Malheureusement, une foule s’était affluée non loin de l’animal, pour tenter de l’éloigner. Mais, les cris et les sons de casseroles n’ont pas suffi à faire fuir le géant herbivore, qui se contentait d’engloutir d’importantes quantités d’herbes et de rejets de bananiers. Les barrissements émis par la bête en guise de menaces n’ont pas dissuadé la foule. L’éléphant a donc résolu d’attaquer. Si les gens se sont sauvés, Ipoda, personne à mobilité réduite, a vite été rattrapé par l’éléphant. Et le mastodonte n’a pas fait dans le détail, en le piétinant sauvagement, jusqu’à lui donner la mort. Le corps a été déposé à la morgue de Mossendjo.
L’accident de Moungoundou-Sud entre les humains et les espèces animales protégées est loin d’être le premier du genre dans le Niari. En juillet 2025, un orpailleur avait succombé à une attaque d’éléphant dans le District voisin de Moungoundou-Nord. En décembre 2025, dans le District de Zanaga, (Département voisin de la Lékoumou), un homme a perdu deux de ses fils, tués par le géant mammifère de la forêt équatoriale. Dans le District de Kabo (Département de la Sangha), un chasseur avait été tué par un éléphant.
L’éléphant meurtrier
Ces cas, qui sont loin d’être exhaustifs, étant donné qu’il y a des cas non encore documentés, montrent à quel point les communautés rurales entretiennent de bien difficiles rapports avec les éléphants. Des experts expliquent la situation par une surpopulation d’éléphants, du fait de la rigueur des politiques de protection de cette espèce intégralement protégée, comme la loi n°37-2008 du 28 novembre 2008 sur la faune et les aires protégées et l’arrêté n°6075 du 9 avril 2011 déterminant les espèces animales intégralement et partiellement protégées en République du Congo.
Pour revenir au cas du Village Diba-Diba, les populations se posent la question de savoir qui prendra en charge les obsèques de la victime, Pascal Nganzimoyi. «Il existe le décret n°86-970 du 27 septembre 1986 fixant les indemnités dues en cas de destruction d’arbres à fruits et de dommages aux cultures. Mais rien n’est prévu en cas de perte humaine à cause d’un éléphant», déplore le défenseur des droits de l’homme, Christian Mounzéo, coordonnateur national de la R.p.d.h (Rencontre pour la paix et les droits de l’homme). «Or, l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que tout humain a droit à la vie», propose-t-il.
Christian Mounzéo, coordonnateur de la R.p.d.h
Dans le cadre de la deuxième phase du Projet forêt, gouvernance, marchés et climat, la R.p.d.h, à travers son outil Cajac (Centre d’assistance juridique et d’action citoyenne), sensibilise et forme les communautés rurales au signalement des dégâts d’éléphants.  «De janvier à mars 2026, plus d’une centaine de fiches de signalement nous ont été transmises par des villages des Départements du Kouilou, du Niari et de la Lékoumou», révèle Fabrice Sévérin Kimpoutou, assistant à la recherche au sein de la R.p.d.h. «En documentant ces cas, l’objectif est de collecter des éléments à même de nous aider à renforcer notre plaidoyer à l’endroit des parties prenantes, notamment les institutions de la République, pour que des politiques consensuelles soient mises en œuvre, pour une résolution durable et définitive de cette question. Et pourquoi pas accompagner les victimes ou ayants droit dans leurs démarches juridiques et administratives? Les portes de la R.p.d.h sont ouvertes», rassure Christian Mounzéo.
John NDINGA NGOMA

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