Commentaire
Loi de finances: un jeu d’écriture, loin de
la triste réalité que subissent les Congolais?
Le ministre des finances, du budget et du portefeuille public, Christian Yoka, a, tour-à-tour, présenté, mardi 14 juillet 2026, devant les honorables députés de l’assemblée nationale, puis devant les vénérables sénateurs du sénat, le projet de loi de finances rectificative 2026, concocté par le gouvernement et qui, comme lettre à la poste, obtient sans encombre le vote «massif et convaincu» des élus de la Nation, représentant auprès de l’Etat un peuple qui souffre de pas mal de maux sociaux. La «magie» de cette loi de finances rectificative est, grâce à la montée des prix du pétrole, la principale rente qui alimente le budget de l’Etat congolais en recettes, qu’elle dégage un excédent budgétaire prévisionnel de 216,947 milliards de francs Cfa. Sûr? Sauf si on a oublié que le Congo est un pays qui ploie sous une dette implacable, due en grande partie au train de vie élevé de l’Etat et au phénomène de surfacturation des marchés publics.
La loi de finances rectificative 2026 semble faire croire qu’à la fin de l’année, lorsque le gouvernement aura réalisé les recettes et les dépenses prévues, il restera 216,947 milliards de francs Cfa de recettes qui ne sont pas encore affectées à des dépenses. Quelle joie de savoir que le pays a plus d’argent qu’il ne peut en dépenser en une année. Mais, à vrai dire, ça, c’est sur le papier, lorsqu’on se permet de faire un savant jeu d’écriture, destiné à provoquer une telle euphorie, comme pour faire croire à la bonne gouvernance financière.

Dans la réalité, on n’a pas besoin d’enquête pour constater qu’au moment où le parlement vote le projet de loi de finances rectificative et son excédent de 216 milliards de francs Cfa, de nombreux quartiers de la ville capitale sont privés d’eau courante. Une bonne partie de la ville subit une pénurie d’eau courante depuis deux semaines. Les unités de production de L.c.d.e (La congolaise des eaux), société nationale confrontée à de sérieuses difficultés financières, font face à des difficultés dues à l’électricité.
Si l’usine d’eau de N’Djiri ne fonctionne qu’à la moitié de ses capacités de production, en revanche l’usine du Djoué est à l’arrêt, à cause du défaut d’électricité. Les travaux sont en cours, dit-on, mais cela fait deux semaines que les populations attendent. S’il y a de l’argent en excédent dans le budget de l’Etat, pourquoi ne pas faire des plans de redressement financier des sociétés nationales d’électricité et d’eau, pour améliorer ces deux services fondamentaux dans le quotidien des populations?
Autre préoccupation, c’est la situation d’endettement de l’Etat. Un endettement qui s’aggrave, chaque mois, quand l’Etat n’arrive pas à payer salaires (Fonction publique, institutions, structures et Epa relevant du budget de transfert), pensions (de la Caisse de retraite des fonctionnaires), indemnités, heures supplémentaires dans l’enseignement supérieur, bourses des étudiants, etc. On ne parle même pas des budgets de fonctionnement des institutions nationales et autres structures administratives qui n’ont maintenant plus qu’un seul refrain: il n’y a pas d’argent. Cette année, les arriérés s’accumulent encore de plus bel. Certaines institutions et structures administratives atteignent parfois trois mois d’affilé sans toucher le moindre sou. Quant aux retraités de la C.r.f, tout donne à penser que ce sont les sacrifiés de la République: trois, quatre mois sans pension! Voilà qui fait régner un climat de crise économique dans le pays; crise économique que ressentent même les commerçants dans les marchés, au moment où l’Etat est doté d’un budget excédentaire.
Bref, en quelques mots, comment peut-on avoir, à la fois, un budget excédentaire et une situation sociale où des arriérés s’accumulent? Les comptables, financiers et autres magiciens des chiffres devraient nous l’expliquer. L’on pensait qu’un budget excédentaire est celui où l’argent reste, quand l’Etat a tout payé de ses engagements en matière de dépenses prévues au cours de l’année. Or, au Congo, on est curieux de constater qu’il y a excédent budgétaire, quand l’Etat accumulent des arriérés. C’est quelle gouvernance financière? Voilà qui donne le sentiment que la loi de finances est devenue, chez nous, comme un jeu d’écriture laissant penser à la bonne gouvernance financière, loin de la triste réalité que subissent les Congolais. Autrement, on est en droit de penser que l’argent est payé, mais qu’il est détourné. C’est là où nos braves élus du parlement devraient regarder, pour que la loi reflète notre réalité sociale. Vraiment, il y a lieu de changer cet état des choses, pour prendre en compte la réalité que vivent les Congolais. Jean-Clotaire DIATOU
Analyse stratégique de l’avenir du Congo, par «Bevar security»









