Commentaire
Crise de carburant: pourquoi ne pas faire sauter le monopole de la S.n.p.c?
Depuis plus de deux semaines, la crise du carburant à la pompe sévit de nouveau Brazzaville, la ville capitale. Pointe-Noire, la capitale économique, est aussi touchée, tout comme l’intérieur du pays. Fait surprenant, pourtant disparu du circuit, les Kadhafis, les vendeurs informels et ambulants de carburant au détail ont refait leur apparition, sans susciter la moindre indignation du côté des pouvoirs publics. Ils proposent le litre du super entre 1500 et 2000 francs Cfa, contre 775 F Cfa à la station-service. Deux semaines après l’éclatement de cette énième crise du carburant, le gouvernement reste sans voix. La S.n.p.c (Société nationale des pétroles du Congo), qui a le monopole et le contrôle quasi exclusif de l’importation des produits pétroliers raffinés, reste aussi sans voix. La persistance de la crise commence à affecter les autres secteurs économiques, à commencer par le transport public qui devient de plus en plus difficile. Dans ces conditions, pourquoi ne pas faire sauter le monopole de la S.n.p.c dans l’importation des produits pétroliers raffinés, pour soulager les populations?
Troisième pays sub-saharien exportateur de pétrole (entre 275 et 300 mille barils par jour), quoique loin derrière le Nigéria et l’Angola, le Congo, avec ses 6,5 millions d’habitants, n’est pas un grand marché de produits pétroliers raffinés. A peine 60 millions de litres par mois. La consommation annuelle table entre 700 et 800 mille tonnes, contre par exemple 2,4 millions de tonnes pour la RD Congo, pays qui produit à peine 25 mille barils de pétrole par jour. Seulement, le marché national des produits pétroliers raffinés est sous le monopole de la S.n.p.c. Le groupe pétrolier congolais dispose d’une seule raffinerie, gérée par sa filiale, la Coraf (Congolaise de raffinerie), dont la capacité de production ne couvre que 70% du marché national.
Le projet de construction d’une deuxième raffinerie à Pointe-Noire, baptisé «Raffinerie atlantique pétrochimie» ou Raffinerie de Fouta, à environ 30 km de la ville de Pointe-Noire, d’une capacité de 2,5 millions de tonnes par an, pouvant être augmentée à 5 millions de tonnes, est censé soulager le marché national de produits pétroliers raffinés. La convention de financement de cette raffinerie, d’un montant de 350 milliards de francs Cfa, avait été signée en novembre 2020, entre le gouvernement et la société chinoise «Beijing fortune dingheng investment». Lancés en 2021, les travaux de construction de cette raffinerie, sur un domaine de 240 hectares, devaient s’achever en décembre 2025, tout au moins pour ce qui concerne la première phase. Et pourtant, l’entrée en service de cette raffinerie se fait toujours attendre.

Pour l’instant, la S.n.p.c conserve de fait le monopole d’importation des produits pétroliers raffinés. Bien que le cadre légal, notamment le Décret n°2007-30 et le Décret n°2018-315, permette aux marketeurs privés agréés d’importer, pour pallier le déficit de la Coraf, en pratique, les importations tierces sont très encadrées. Voilà ce qui les décourage. Or, la S.n.p.c a des difficultés pour financer les stocks devant permettre de combler le déficit de la Coraf sur le marché national (essence, gasoil, kérosène). Elle recourt à des traders privés, mandatés ou tolérés, pour réaliser ces importations, sur fond de profits personnalisés, sans réussir à soulager le marché national pour longtemps. En effet, pour l’autorisation d’importation ou de commercialisation, les traders privés doivent obligatoirement obtenir un agrément d’une valeur de 45 millions de francs Cfa et l’aval du Ministère des hydrocarbures, en plus des taxes et redevances appliquées pour obtenir l’agrément d’importation. En rapport du prix du carburant à la pompe, les marketeurs privés sont perdants, s’ils se mettent à importer.










