Tribune
La loi «fin de vie»:
du vouloir mourir au vouloir vivre
En France, la proposition de loi créant un droit à «l’aide à mourir», initiée par le député Olivier Falorni, reprenant un projet laissé en avril 2024 par le gouvernement de Gabriel Attal, a été définitivement adoptée le 15 juillet 2026, par le parlement. Mais, cette loi ne relève pas seulement du médical ou du juridique. Elle interroge ce qu’il y a de plus intime et de plus universel: la dignité; la liberté; la solidarité et le sens même de l’existence.
C’est une question qui nous concerne tous, en France comme ailleurs. À l’heure où une nouvelle civilisation numérique redessine nos repères, ce débat ne peut rester l’affaire des seuls experts, médecins ou responsables politiques. Parce qu’il touche à notre humanité commune, il mérite que chaque citoyen puisse faire entendre sa voix. Car derrière une demande d’aide à mourir, il n’y a pas toujours le désir de disparaître. Il y a souvent une souffrance qui appelle: la douleur; la solitude; la perte d’autonomie; la peur d’être un fardeau; le sentiment que l’espérance s’est retirée. Le «je veux mourir» est parfois un autre langage pour dire: «Aidez-moi à ne plus souffrir».

Les soignants en font l’expérience: lorsque la douleur est apaisée, qu’une présence fidèle demeure, qu’une parole accueille sans juger, le désir de mourir peut parfois céder la place à une envie fragile, mais réelle, de vivre encore. Sans nier les situations où la souffrance demeure réfractaire, cette réalité commande la prudence et l’humilité.
Avant d’ouvrir la porte de la mort, demandons-nous si nous avons tout mis en œuvre pour maintenir ouverte celle de la vie: des soins palliatifs accessibles à tous; un soutien réel aux proches aidants; une lutte contre l’isolement et une attention à toutes les dimensions de la souffrance humaine.
La loi peut fixer un cadre pour les situations les plus extrêmes. Mais, elle ne remplacera jamais la puissance d’une présence, la justesse d’un soin, la fidélité d’un proche, ni la solidarité d’une société qui refuse d’abandonner les plus vulnérables.
Au fond, le véritable enjeu est peut-être là: veiller à ce que le vouloir mourir ne soit jamais la conséquence d’un manque de soins, d’écoute, de présence, d’espérance et faire en sorte que chacun puisse, autant que possible, retrouver des raisons de vouloir vivre jusqu’à son dernier souffle. Car une société vraiment humaine ne se mesure pas seulement à la façon dont elle accompagne la mort. Elle se révèle surtout dans tout ce qu’elle met en œuvre pour que la vie demeure digne, désirable et pleinement humaine jusqu’à son terme. Charles Abel KOMBO, Economiste et observateur des politiques publiques.










