Musique
Cascade d’hommages à Papa Wemba,
l’icône de la rumba congolaise
Depuis sa tragique disparition, le 24 avril 2016, à l’âge de 66 ans, en pleine scène du Femua (Festival des musiques urbaines d’Anoumabo), dans la commune de Marcory, à Abidjan, la capitale ivoirienne, les initiatives d’hommage à Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, aka Papa Wemba, la légende de la rumba congolaise, n’ont jamais cessé de fleurir, à travers le monde. L’année 2026, marquant le dixième anniversaire de sa disparition, s’avère particulièrement prolifique, à cet égard. Aussi, nous a-t-il paru nécessaire de prêter nos lignes à cet évènement, dont l’intérêt culturel crève les yeux.
De son vivant, Papa Wemba aura marqué toutes les époques qu’il a traversées, grâce à son génie créateur dans le domaine de la musique. Depuis l’aube de sa carrière dans l’Orchestre Zaïko Langa-Langa qui l’a révélé (de 1969 à 1974) comme un talentueux artiste musicien, auteur, compositeur, chanteur et danseur, les Orchestres Isifi Lokole et Yoka Lokole où il est passé, jusqu’à l’Orchestre Viva la Musica qu’il a fondé en 1977, label qu’il gardera jusqu’à sa mort, il s’est toujours distingué comme une bête de scène, un leader incontestable des différentes générations d’artistes musiciens qui l’ont côtoyé et travaillé avec lui.

Avec sa voix ténor, haut perchée et son habileté artistique, Papa Wemba compte au rang des meilleurs interprètes de la rumba congolaise, du soukouss, du ndombolo, etc, tout en excellant dans d’autres genres musicaux comme le rock et la world music. Son humilité, conjuguée à sa quête de l’excellence, l’ont parfois ramené sur les bancs de l’école des majors, comme Tabu Ley Rochereau ou Wendo Kolosoy. Parallèlement, il s’est révélé bon «maître d’école», face aux plus jeunes musiciens, faisant de lui l’un des meilleurs formateurs de sa génération. Et ce n’est pas un hasard, si l’un de ses meilleurs albums porte le titre «Foridoles», dimunitif de «formateur des idoles».
Avec son approche musicale teintée de «grain de folie», il savait dédramatiser l’art. Pour lui, la musique devrait rester un jeu, au-delà de tout enjeu. Alors, rien d’étonnant que Papa Wemba ait pu être à ce point, attiré, dès 1970, par la Sape (Société des ambianceurs des personnes élégantes), ce dandysme qui érige en mode de vie, l’habillement cher et extravagant. Il a été l’un des dandies de la Sape à laquelle il a consacré certains de ses meilleurs tubes. Et on n’oublie pas l’hommage à ses amis sapeurs de renom, décédés avant lui, Kadima Kula Mambo alias Tarzan et Adrien Mombele Samba dit Ngantshie Stervos Niarcos.

Papa Wemba est aussi passé par le septième art, où il s’est illustré, avec talent, dans le film «La vie est belle» (1987) de Benoît Lamy et Ngangura Dieudonné Mweze. Il a joué aussi un rôle dans le film «Combat de fauves» (1997) de Benoît Lamy.
En musique, son style semblait, désormais, être passé sous pavillon Reddy Amisi, un pur produit du Village Molokaï. A la vérité, Reddy Amisi est bien loin d’en avoir l’apanage, talonné qu’il est par d’aussi talentueux que lui, tels que Stino Mubi, très silencieux depuis un moment, ou Luciana Demingongo. De là où il se trouve, Papa Wemba ne peut qu’être rassuré de voir son «dauphin», Reddy Amisi alias Bailo Canto, «Je danse, je chante» en français, reprendre les clefs de son style, même si celui-ci avait quitté l’Orchestre Viva la Musica, depuis belle lurette.
Tombé, inopinément, micro aux poings sur le ring d’Anoumabo, on peut imaginer, l’amertume d’une telle disparition. Depuis, les hommages se multiplient. Cette année, c’est le dixième anniversaire de sa disparition. Le concert du 30 mai 2026, à 20h, au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à Paris, n’est, en fait, que le point d’orgue d’une série de festivités, commencées le samedi 25 avril à Kinshasa. Ce jour-là, le Président de la RD Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, s’était rendu au Village Molokaï, au Quartier Matonge, rendre hommage à la mémoire de cette icône, en présence de son ministre de la culture, des arts et du patrimoine, Mme Yolande Elebe Ma Ndembo, et de la veuve de Papa Wemba, Mme Marie-Rose Luzolo, connue sous le surnom de «Maman Amazone».

Mais, les hommages ont largement dépassé les frontières. En Côte d’Ivoire, par exemple, où la mort a surpris le Kuru Yaka, l’autre sobriquet de Papa Wemba, une avenue porte désormais son nom. Au Kenya, une société d’autobus a adopté une façon plus flamboyante, en habillant ses autocars, grandeur nature, de l’image de l’artiste. Et, cerise sur le gâteau, à la demande de la RD Congo, l’Union africaine a consacré, le 24 avril, comme journée africaine de la musique.
Les artistes ne meurent jamais, ainsi qu’on le voit, a fortiori, lorsque ce dernier est à la fois, musicien, peintre et acteur, comme le fut Papa Wemba. Vivement que son modèle inspire d’autres artistes, pour une musique écologique, «fait main», chargée de souffle et d’émotion humaine, afin d’étouffer dans l’œuf, l’éclosion de la musique machinale, sans âme, issue de l’I.a (Intelligence artificielle).
Guy Francis TSIEHELA
Chroniqueur musical Paris France.
Reddy Amisi sur Papa Wemba









