Souvenirs militants
Miriam Makeba, une icône africaine adulée, qui foula le sol brazzavillois
A l’heure où l’actualité est dramatique pour les étrangers africains en Afrique du Sud, l’histoire nous renseigne que lorsque le peuple sud-africain luttait contre l’Apartheid, ce régime honni instauré par les envahisseurs européens, les Africains apportèrent leur soutien à cette lutte pour la libération du peuple sud-africain. C’est le cas de Miriam Makeba. Née le 4 mars 1932, à Johannesbourg, et décédée le 9 novembre 2008, en Italie, elle est une icône africaine adulée par les populations du continent, affectueusement appelée Mama Africa. Je l’ai rencontrée pour la première fois en 1965, après le premier congrès de l’U.r.f.c (Union révolutionnaire des femmes du Congo), alors que je venais fraichement d’être élue vice-présidente chargée des relations extérieures. J’avais 23 ans et faisais mes débuts en politique. Miriam venait d’être déchue de sa nationalité sudafricaine par le régime de l’apartheid. Invitée par le Président Alphonse Massamba-Débat, elle fut triomphalement reçue à Brazzaville par le Premier ministre Edouard Ambroise Noumazalay.
En terre congolaise, Miriam Makeba obtint un passeport diplomatique congolais, qui lui permettra de sillonner librement, l’Afrique et le monde, pour la poursuite de sa carrière musicale. Mais, la chanteuse sud-africaine n’était pas qu’une artiste musicienne, c’était aussi une femme engagée pour la libération du continent. Elle exprimait, dans la plupart de ses chansons, le rejet du régime de l’apartheid en vigueur dans son pays natal.

Après son mariage avec Stokely Carmichael (1941-1998), connu aussi sous le nom de Kwame Ture, militant afro-américain proche de Martin Luther King, devenu ensuite panafricaniste célèbre pour avoir popularisé la pensée liée à l’expression «Black power», elle s’installa avec lui, en Guinée-Conakry. A cette période des années 70, j’étais représentante de l’Afrique centrale au sein de l’Organisation panafricaine des femmes, dont le siège était en Algérie.
Quelle ne fut pas ma joie de retrouver Miriam et son époux au club de pins à Alger. Leur résidence devint, pour moi, un lieu d’échanges fructueux, pour la débutante que j’étais dans la connaissance des questions cruciales du continent et du monde. Il est né entre ce couple et moi, une amitié solide, tant nos approches de solutions et nos appuis aux causes justes étaient identiques.

Miriam appréciait le fait que le secrétariat permanent de l’Organisation panafricaine des femmes avait, à son siège, les militantes des organisations féminines de Guinée-Bissau, de l’A.n.c d’Afrique du Sud et de la Swapo de Namibie. Notre équipe permanente parcourait le monde, pour délivrer un message de paix et prônait la libération totale de l’Afrique.
En février 2007, Miriam est revenue à Brazzaville où elle a été reçue par le Président de la Répubique, Denis Sassou-Nguesso et le ministre de la culture et des arts, Jean-Claude Gakosso. A cette occasion, nous nous sommes retrouvés à son hôtel où nous avions évoqué, avec amertume, la situation déplorable que vivaient nos amies palestiniennes, soudanaises, saharouies et libyennes, jadis membres actives et influentes, lors de nos rencontres.
Miriam a quitté la terre tumultueuse de nos ancêtres et a rejoint toutes les militantes africaines qui nous ont précédées dans ce monde inconnu. Que son souvenir demeure à jamais dans la mémoire des militantes et combattantes éprises de paix et de justice. Ida Victorine NGAMPOLO
Ida Victorine Ngampolo, représentante à Alger
Miriam Makeba dans les années 60
Miriam Makeba dans les années 2000









