Droit
Le prof Moudoudou a présenté son ouvrage sur le «Droit constitutionnel congolais»
Agrégé en droit public, professeur titulaire Cames et juge à la Cour constitutionnelle depuis 20218, le prof Placide Moudoudou (61 ans), a présenté et dédicacé son ouvrage, «Droit constitutionnel congolais», de 659 pages, lors d’une rencontre académique, mardi 8 septembre 2026, dans l’auditorium de la présidence de l’Université Marien Ngouabi, à Brazzaville. L’auteur a défendu une conception évolutive du constitutionnalisme congolais, tout en appelant à des réformes de la justice constitutionnelle et de la législation électorale. L’ouvrage a suscité un échange nourri avec les étudiants, universitaires et praticiens du droit, dans une salle archicomble.
Paru récemment aux Presses universitaires de Brazzaville, l’ouvrage de Placide Moudoudou se veut à la fois une synthèse et une contribution à la réflexion sur l’évolution du droit constitutionnel au Congo. Il revient notamment sur la construction progressive du constitutionnalisme congolais, la Constitution, la justice constitutionnelle, les droits et libertés fondamentaux ainsi que les rapports entre les institutions.
Pendant son exposé, le prof Placide Moudoudou a insisté sur le caractère évolutif de cette discipline. Selon lui, le constitutionnalisme congolais, dont les premières manifestations remontent à 1958, s’est construit dans des conditions difficiles, avant de connaître une certaine consolidation. Cette évolution s’observe notamment à travers la durée des Constitutions, le développement de la justice constitutionnelle et le renforcement de la protection des droits de l’homme. Cette lecture rejoint l’ambition affichée dans l’ouvrage de suivre les transformations du droit constitutionnel dans le temps.

L’échange avec le public a surtout porté sur les défis auxquels demeure confrontée la justice constitutionnelle congolaise. Le prof Moudoudou a notamment plaidé pour un toilettage de la législation, en particulier des textes relatifs à la saisine de la Cour constitutionnelle et à la matière électorale. Il a relevé les difficultés auxquelles peuvent être confrontés les justiciables et les avocats, lorsque plusieurs textes doivent être pris en considération dans le traitement d’un contentieux constitutionnel.
Pour l’universitaire, une réflexion particulière doit également être menée sur la nature même de la justice constitutionnelle. Celle-ci ne saurait, selon lui, être assimilée à la justice ordinaire. Le contrôle de constitutionnalité consiste, avant tout, à déterminer la conformité d’une loi à la Constitution. Il estime ainsi que l’expérience accumulée au fil des années devrait permettre de faire évoluer les pratiques et de mieux adapter les décisions du juge constitutionnel à cette spécificité.

Le débat a, également, porté sur le titre de l’ouvrage. Pourquoi parler de «droit constitutionnel congolais» plutôt que simplement de «droit constitutionnel»? L’auteur assume ce choix. «Tout droit doit être situé, tout droit doit être identitaire», a-t-il expliqué, estimant que la réflexion juridique doit tenir compte des réalités, de l’histoire, du présent et des perspectives propres à chaque peuple.
L’auteur a, par ailleurs, rejeté l’idée selon laquelle son ouvrage serait exclusivement destiné aux étudiants. Même si ceux-ci constituent un lectorat important, notamment les étudiants de première année et les doctorants, il affirme que la réflexion s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à l’évolution du droit en Afrique. Les commandes de son ouvrage provenant notamment du Niger, de la Guinée et du Sénégal témoignent, selon lui, de cet intérêt au-delà du Congo. A travers cette présentation, le prof Placide Moudoudou n’a donc pas seulement exposé les thèses de son ouvrage. Il a surtout voulu ouvrir un débat scientifique sur les acquis, les insuffisances et les perspectives du constitutionnalisme congolais, invitant étudiants et professionnels du droit à poursuivre la réflexion par la lecture, la critique et la recherche. Joseph MWISSI NKIENI










