Tribune
Brazzaville en passe de devenir un carrefour majeur du numérique et de l’I.a
en Afrique centrale
Brazzaville entend se positionner comme hub régional de cybersécurité et d’I.a (Intelligence artificielle) en Afrique centrale. Cette ambition intervient à un moment charnière: seuls 7 pays sur 54 en Afrique sont réellement capables de traiter les questions liées à l’I.a. Le Congo a, donc, une opportunité historique de se hisser parmi ces pionniers. Mais, cette opportunité appelle aussi des questions stratégiques que tout décideur politique doit affronter avec lucidité. Nous vous les proposons ici en deux temps: d’abord, le tableau factuel des initiatives en cours, à travers cet article; ensuite, l’analyse critique des enjeux stratégiques cachés sous ces initiatives, dans un prochain article qui sera la contribution de Deve Maboungou.
Une ambition numérique assumée
Longtemps perçue comme en retrait dans la course technologique africaine, Brazzaville entend, désormais, jouer un rôle central dans l’économie numérique du continent. Entre 2024 et début 2026, la République du Congo a multiplié les initiatives pour se positionner comme hub régional de la cybersécurité et de l’I.a (Intelligence artificielle), combinant volonté politique, diplomatie technologique et investissements structurants.

Dans un contexte de transition mondiale vers des économies fondées sur la donnée et l’I.a, les autorités congolaises ont placé le numérique au cœur de leur stratégie de développement. Inscrite dans la Vision «Congo Digital 2025», cette orientation vise à diversifier l’économie, renforcer la souveraineté technologique et améliorer la sécurité nationale. Le Projet d’accélération de la transformation numérique, doté de 89,4 milliards de francs Cfa (financé par l’Union européenne, la B.e.i, (Banque européenne d’investissement) et la Banque mondiale), illustre la priorité accordée à ce secteur.
Le pays a également multiplié les cadres de dialogue et de planification: ateliers nationaux sur l’I.a, conférences sectorielles et séminaires de gouvernance numérique. En janvier 2026, un séminaire stratégique de cinq jours a réuni experts, autorités publiques et acteurs privés pour définir une feuille de route nationale sur la régulation numérique et l’I.a.
La cybersécurité comme levier géopolitique
Moment-clé de cette stratégie, le Cyber Drill régional de juillet 2025, organisé à Brazzaville, a réuni les représentants de 30 Nations et mobilisé des institutions internationales telles qu’Interpol et l’U.i.t (Union internationale des télécommunications). L’événement a positionné le Congo comme plateforme centrale de la cyberdéfense en Afrique centrale, renforçant l’interopérabilité régionale et la coopération diplomatique autour de la sécurité numérique.

Cette dynamique s’est poursuivie avec le Forum Brazza Cyber Security 2025, qui a mis l’accent sur la souveraineté cyber-africaine et le développement de solutions locales. Le forum a réuni décideurs publics, experts, magistrats, forces de sécurité, chercheurs et entrepreneurs. Il a permis de promouvoir l’innovation locale ainsi que des initiatives inclusives comme Kongo Cyber Women.
L’I.a au service de la transformation économique
Au-delà de la sécurité, le Congo investit le champ de l’I.a appliquée à l’économie. La conférence sur l’I.a et la finance (octobre 2025), organisée avec la C.e.a (Commission économique des Nations unies pour l’Afrique), a rassemblé décideurs publics, banques, startups et institutions financières autour des impacts de l’I.a sur les économies africaines.
L’événement a souligné l’urgence pour l’Afrique de peser dans les discussions mondiales sur la gouvernance de l’I.a. En janvier 2026, le séminaire sur la gouvernance de l’I.a a posé les bases d’une stratégie nationale visant à encadrer les usages, sécuriser les applications sensibles et orienter l’I.a vers des secteurs stratégiques tels que l’administration publique, la finance, l’éducation et la sécurité.
Un socle institutionnel en construction
L’un des piliers de cette ambition est la création du Centre africain de recherche en intelligence artificielle (Caria), dont les statuts ont été approuvés en juillet 2025. Basé à l’Université Denis
Sassou-N’Guesso à Kintélé, le Caria propose des formations en I.a, science des données, cybersécurité et gouvernance numérique. En 2023-2024, 674 étudiants étaient inscrits dans ses programmes, dont 160 magistrats suivant une formation en ligne sur les implications juridiques de l’I.a, soulignant l’importance accordée à la gouvernance et à la régulation.

En complément, le pays renforce son arsenal institutionnel avec l’opérationnalisation de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi) et la préparation d’un data center national, destiné à héberger les services publics et les données stratégiques. Le déploiement progressif de la connectivité haut débit, y compris dans les zones rurales, vise à réduire la fracture numérique et à accroître l’accès aux services numériques.
Partenariats internationaux et montée en compétences
La stratégie congolaise s’appuie également sur des partenariats internationaux structurants. En juin 2025, un accord avec l’Italie a été signé pour soutenir la formation, la certification et l’incubation de talents africains, ainsi que le co-développement d’applications d’I.a dans la santé, l’agriculture, l’éducation et la logistique. Parallèlement, des accords avec des entreprises technologiques chinoises visent à renforcer les infrastructures numériques, former les jeunes et moderniser les services publics. À l’échelle locale, des initiatives associatives, comme celles de l’Apéj-Congo, offrent des formations en I.a aux jeunes, tandis que des programmes d’immersion à l’international (notamment en Chine) contribuent à constituer un vivier de compétences adapté aux métiers du numérique.









