Tribune

Emploi des Congolais: la souveraineté
est non-négociable

L’engagement réaffirmé par le ministre de l’emploi, de l’entreprenariat et de la formation qualifiante, Rodrigue Charles Malanda-Samba, qui a déclaré le 22 mai 2026, à Brazzaville, qu’«aucun emploi dédié aux Congolais ne sera pris par un étranger», est à saluer. En effet, cet acte traduit, dans son périmètre régalien, la vision présidentielle du quinquennat de l’accélération de la marche vers le développement et ouvre une séquence décisive, pour la souveraineté économique de notre pays, le Congo-Brazzaville.

Par Deve Maboungou, expert en intelligence économique
Un acte ministériel, une vision présidentielle
La déclaration prononcée à l’A.c.p.e (Agence congolaise pour l’emploi) n’est ni un repli ni un slogan. Elle est la traduction administrative et réglementaire d’une volonté présidentielle déjà inscrite, dès février 2026, dans le projet de société du Président Denis Sassou N’Guesso, «Accélérons la marche vers le développement». Ce projet de société, adopté massivement par le peuple congolais en mars 2026 et ratifié par l’investiture du 16 avril à Kintélé, fixe un cap clair pour le quinquennat 2026-2031. Il faut dire que le ministre n’a pas innové en franc-tireur: il a appliqué. Le Président oriente, le ministre exécute, la République avance. Cette continuité entre la parole présidentielle et l’acte ministériel donne à voir un État qui se réapproprie le pilotage de ses actifs stratégiques.
Le ministre Rodrigue Charles Malanda-Samba, pendant sa descente dans les structures sous tutelle
Une préférence ciblée, pas un repli économique
Au-delà de tout, il faut lever toute ambiguïté: la préférence nationale n’est ni une fermeture des frontières économiques, ni une remise en cause de la liberté des marchés, ni un signal défavorable aux investisseurs internationaux. Le Congo a besoin des capitaux étrangers, des partenariats industriels et des transferts de technologie pour accélérer son développement. La préférence nationale ne s’oppose pas à cette ouverture: elle en organise les retombées au bénéfice du sol social congolais.
La doctrine proposée est ciblée. Elle vise prioritairement les postes stratégiques: ceux qui touchent aux secteurs sensibles pour la sécurité et la souveraineté de l’État (défense, renseignement, infrastructures critiques, télécommunications, ressources extractives), ceux qui portent les savoir-faire techniques de premier rang, et ceux qui structurent la gouvernance économique nationale. Pour les autres niveaux d’emploi, la règle d’or demeure le droit du travail commun: embauche libre lorsque les compétences nationales sont disponibles, recours encadré à la main-d’œuvre étrangère lorsqu’elles ne le sont pas.
Lu à travers la grille de l’intelligence économique, le geste ministériel revêt quatre finalités convergentes: réserver prioritairement les postes stratégiques aux nationaux, c’est protéger les savoir-faire critiques; capter la valeur ajoutée locale; construire une élite technique nationale et honorer la devise du Congo: «Unité, Travail, Progrès».
Le cadre juridique existe déjà. Le droit du travail congolais prévoit qu’une société «ne peut faire appel à une main-d’œuvre étrangère que si les compétences nécessaires sont indisponibles sur le marché national». La circulaire annoncée ne crée pas un droit nouveau: elle réactive un droit existant. Cette précision est stratégique, car elle désamorce, par avance, toute accusation de discrimination ou de protectionnisme.

Une réponse à un défi mesurable
Les chiffres imposent l’action. Près de 31% des Congolais se déclarent sans emploi et sont activement à la recherche d’un travail. Le taux de chômage des 18-35 ans avoisine 41%. Près de 95% des citoyens jugent insuffisant l’effort public de création d’emplois. Dans le même temps, l’arrivée massive d’investissements étrangers, au premier rang desquels l’accord de 23 milliards de dollars signé avec la société Wing Wah, ouvre des
perspectives considérables: le protocole d’engagement signé en février 2026 prévoit déjà la création de plus de 1.000 emplois nationaux. Le programme d’insertion professionnelle annoncé par le Ministère de la jeunesse vise, par ailleurs, la formation de plus de 45 mille jeunes congolais en 2026.

Félicitations républicaines au Président de la République
Nous tenons à adresser au Président Denis Sassou N’Guesso, nos félicitations républicaines, pour la cohérence et la lisibilité du cap fixé au quinquennat 2026-2031. En plaçant la jeunesse, l’emploi national et la transformation locale au cœur de son projet de société, le Chef de l’État trace une trajectoire conforme aux exigences de la souveraineté économique africaine. Il appartient maintenant à chaque échelon de l’appareil d’État de traduire cette vision en résultats mesurables, au bénéfice direct des Congolais.

Sept recommandations opérationnelles
En complément de la présente réflexion, il y a lieu de formuler sept recommandations pour transformer la séquence en doctrine d’État durable. Parmi elles, figurent la publication rapide de la circulaire d’application, la création d’un observatoire de l’emploi national, l’inscription de clauses de préférence nationale dans les marchés publics et les contrats signés avec les investisseurs étrangers, la mobilisation des corps intermédiaires, le lancement d’un programme accéléré de formation aux métiers stratégiques, ainsi qu’une campagne diplomatique pédagogique auprès des chancelleries.
Ces propositions sont détaillées dans une note d’analyse. À l’heure où l’Afrique négocie une recomposition stratégique majeure de ses relations, le Congo donne un signal qui dépasse ses frontières: la souveraineté économique n’est pas une posture, c’est une méthode. Elle se mesure à un seul critère: le sort fait à la jeunesse congolaise.

Deve MABOUNGOU
Expert en intelligence économique;
Président du Cabinet Noeîn & Cie.

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