Commentaire

Pouvoir judiciaire: l’avenir professionnel
de deux magistrats dans des eaux troubles !

Lorsqu’à l’occasion de l’audience solennelle de rentrée judiciaire de la Cour suprême, le 17 janvier 2024, le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, déclarait, «pour éradiquer les dysfonctionnements susmentionnés, la Commission de discipline des magistrats doit fonctionner pour être un véritable incitateur au devoir de probité, à l’exemplarité, au travail acharné et de qualité. L’objectif à atteindre est de protéger l’institution judiciaire contre tous les comportements pouvant nuire à son prestige, à son rayonnement et à sa bonne considération», il ne prêchait pas dans le vent. La préservation de la probité morale au niveau de la magistrature congolaise est un défi que le pays doit relever, pour une société congolaise où règne la justice pour tous.

Décidé à lutter contre les anti-valeurs au sein du pouvoir judiciaire, le premier magistrat revenait à la charge dans son discours à la rentrée judiciaire du 28 février 2025. «Le juge ne doit pas jouer à l’araignée qui tisse la toile pour prendre les autres insectes, en s’épargnant elle-même. Le magistrat doit se sentir concerné ou inquiété lorsqu’il fait un faux pas ou se retrouve en conflit avec la loi. Dure est la loi, mais c’est la loi», avait-il averti.
L’actualité de cette année a livré à la connaissance de l’opinion nationale, deux événements interrogeant la probité morale de deux magistrats: André Oko-Ngakala, procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville, et Cyprien Ganzino-Ngounga, avocat général à la Cour suprême. Ce qui leur est reproché n’est pas lié à l’exercice de leurs fonctions, mais plutôt à leur dignité.

Agent de recouvrement?
Très populaire par son narratif et la mise en scène des opérations de reconstitution des présumés faits de criminalité, le procureur André Oko-Ngakala, surnommé «Mon parquet», est concerné par une affaire dont il est à la fois présumé fautif et victime d’agression et d’abus de pouvoir dans un pays voisin.

André Oko-Ngakala
En séjour à Kinshasa, capitale de la RD Congo, pour des «raisons sociales», est-il indiqué dans l’autorisation qui lui a été établie, il s’est retrouvé, en effet, en situation d’agent de recouvrement s’en prenant à des locataires insolvables qu’il a menacés d’expulsion. Pendant la dispute qui s’en est suivie, l’autre partie a fait appel à la police qui l’a embarqué sans ménagement, en dépit de son statut de magistrat et même d’officier supérieur dont il s’est prévalu. Bref, une situation trouble qui n’est pas sans porter atteinte à son image.
Selon les témoignages, le magistrat aurait passé la nuit en garde-à-vue dans une cellule de police et n’aurait été libéré que le lendemain à la demande des autorités de son pays aux autorités de la RD Congo. De retour à Brazzaville, il aurait été directement pris en charge par les limiers de la C.i.d (Centrale d’intelligence et de documentation), qui l’ont interrogé, suivant leur mission de police judiciaire. Pour l’instant, on ne connaît pas encore la suite de son affaire, alors qu’il a été remis en liberté, après plusieurs heures d’interrogatoire.
Toujours est-il que dans l’opinion, nombre de citoyens déplorent l’attitude du procureur, en rupture avec la dignité de ses fonctions, en se muant en un vulgaire agent de recouvrement dans un pays étranger, tout en créant un incident de nature à perturber les relations entre les deux pays voisins. Relayée par les réseaux sociaux, l’agression dont il a été victime a failli en effet provoquer des représailles contre les ressortissants de la RD Congo sur la rive droite.
Présumées violences contre son épouse
Juge et avocat général à la Cour suprême, Cyprien Ganzino-Ngounga est poursuivi par sa propre épouse, pour des faits qu’elle qualifie de «violences conjugales, mauvais traitements et humiliation répétée». Dans un pays qui a marqué un pas décisif dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, avec l’instauration de la loi Mouebara en 2022, voir un magistrat, donc un professionnel du droit, être accusé de violences conjugales est franchement surprenant. Le bureau de la Cour suprême a examiné, la semaine dernière, la plainte de l’épouse d’un de ses membres, pour voir si les faits soulevés sont susceptibles d’emporter sa responsabilité pénale. Sous la direction de son premier président, Henri Bouka, assisté du procureur général, Théophile Mbitsi, le bureau de la Cour suprême n’a pas longtemps laissé planer le suspense. Il a rendu sa décision le jeudi 10 septembre, en autorisant les poursuites pénales contre Cyprien Ganzino-Ngounga.
Cyprien Ganzino-Ngounga, avocat général à la Cour suprême
«Cette décision résonne comme un puissant rappel à l’ordre déontologique. La justice ne saurait être crédible si ceux qui la rendent s’estiment au-dessus des lois qu’ils appliquent. En réaffirmant que la responsabilité civile et pénale des juges peut être engagée dès lors qu’un préjudice est caractérisé, la Cour suprême renforce le contrat de confiance qui unit les citoyens à leur système judiciaire. Loin d’affaiblir le pouvoir des juges, cette transparence l’ancre plus profondément dans les valeurs démocratiques d’égalité et de justice pour tous», pense un confrère journaliste, très au parfum de cette affaire. Comme quoi, en un rien de temps, deux magistrats se retrouvent dans des eaux troubles pour leur avenir professionnel. En effet, en cas de condamnation au pénal, des sanctions disciplinaires vont s’en suivre. Jean-Clotaire DIATOU

Oh bonjour
Ravi de vous retrouver.

Inscrivez-vous pour recevoir du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici