Commentaire
Pourquoi pas un cabinet de crise,
pour sauver l’hôpital public congolais?
Depuis le 6 août 2026, l’Intersyndical fédéral Fanasas/Fesystrasas du C.h.u-B (Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville) et des sections syndicales des hôpitaux et autres structures de santé de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Oyo et Owando ont déclenché une grève générale illimitée, avec service minimum, sur tout le territoire national. La levée de cette grève est conditionnée par la satisfaction des exigences soumises au gouvernement dans un cahier de charges. Depuis, c’est un étonnant silence du côté du gouvernement. Pendant ce temps, dans les hôpitaux touchés par ce mouvement social, le service tourne au ralenti, l’heure est à la débrouille, les malades affluent dans d’autres structures sanitaires, tandis que le taux de mortalité s’envole.
Dans les hôpitaux publics touchés par la grève, les services sont au ralenti. Les médecins sont rares. Ce qui rend les consultations ordinaires et les contrôles médicaux difficiles voire tout simplement impossibles. Les urgences et la banque de sang maintiennent une activité minimale, pour tenter de parer au plus pressé. Le taux de mortalité, par manque de prise en charge des malades, augmente. Les malades et les femmes qui accouchent affluent dans d’autres hôpitaux comme l’Hôpital militaire Pierre Mobengo, les C.s.i (Centres de santé intégrés) et les cliniques privées. «Le C.h.u de Brazzaville est complètement fermé aux usagers. En théorie, sont restés accessibles les services d’urgence, les blocs opératoires, les blocs d’accouchement et le service de réanimation. Cette situation occasionne des conséquences socio-sanitaires fâcheuses, dont une augmentation des maladies endémiques et de la mortalité générale», constate le R.f.c (Rassemblement des forces du changement), une plateforme de l’opposition dirigée par Clément Miérassa, dans sa récente déclaration.

La crise sociale est presque récurrente chaque année dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. C’est pour la deuxième fois cette année que les agents des hôpitaux publics observent un mouvement de grève générale illimitée avec service minimum. Habituellement, le ministre de la santé et de la population prend l’initiative des pourparlers avec les syndicats, pour rechercher un compromis sur le cahier de charges. Or, cette fois-ci, aucune réaction publique n’a suivi le déclenchement de la grève. Le Ministère de la santé et de la population s’est plutôt soucié de la participation des agents de santé au défilé du 15 août, moyennant une prime de panier de cinq mille francs Cfa.

Alors que la rentrée scolaire approche, le gouvernement ne semble pas se préoccuper à faire de la santé une urgence nationale, comme l’ont demandé certaines organisations de la société civile. «Au Congo, des familles sont aujourd’hui confrontées à une situation qui ne peut laisser aucun être humain indifférent. Dans la République, des malades cherchent des soins, des familles cherchent un médecin, des parents cherchent un hôpital et certains ne trouvent aucune réponse. Tout cela intervient dans un contexte de grève générale des agents de santé dans plusieurs hôpitaux publics», ont dit ces organisations dans leur déclaration. «Ce n’est pas seulement une administration qui s’arrête: c’est la vie humaine qui est en danger. Étant donné que nos vies commencent et se terminent à l’hôpital, le personnel de santé mérite d’être entendu, de bénéficier de conditions de travail dignes et d’être valorisé. Il mérite également des salaires décents, payés régulièrement», ont-elles précisé.

Le Premier ministre Collinet Makosso a dû interrompre ses vacances, pour sauver la vie de deux soldats congolais pris en captivité et maltraités à Yumbi, en RD Congo, la semaine dernière. Il a organisé un cabinet de crise pour suivre cette situation. Pourquoi, cette fois-ci, ne bouge-t-il pas pour sauver l’hôpital public congolais, et donc la vie des Congolais, menacée par la persistance de la grève des personnels, comme il a l’habitude de le faire, en engageant des pourparlers avec les syndicalistes? Effet de lassitude?











