Quelques évidences pour bien fixer les idées. Une économie diversifiée est moins sensible aux perturbations économiques inéluctables. Moins on dépend d’un seul produit, mieux on se porte, lorsque la conjoncture tourne. Mais, on ne peut diversifier à tout bras. L’avantage comparatif limite les possibilités de diversification. A quoi ça sert de produire au coût élevé, lorsque l’on peut obtenir le même produit du voisin à moindre coût? Mais, un ancien Président de la République a affirmé «qu’un peuple qui ne produit pas ce qu’il consomme n’est pas un peuple libre». Il y a donc un équilibre politique à trouver entre la soumission à l’avantage comparatif et la défense de la souveraineté.
L’économie est politique. Elle ne fonctionne pas de manière exogène, hors modalités de gestion de la Cité. Diversifier l’économie, c’est faire des choix politiques quant à la conduite des affaires de l’Etat au profit du plus grand nombre. Choix sur et pour le capital humain. Diversifier, c’est imaginer et créer des nouveaux produits et des nouveaux services; c’est concevoir des nouvelles configurations de la production et des nouveaux modes de gestion.
Diversifier, c’est faire confiance à l’intelligence des hommes; c’est favoriser et libérer les énergies et les compétences. Pour Maier et Woods, il y a que deux ratios pour départager le monde: le ratio compétences par habitant et le ratio surfaces en terre par habitant. Quand la population augmente, le ratio surfaces en terre par habitant diminue. C’est inéluctable, puisque nos territoires ne sont pas extensibles, à moins que l’Etat ne s’engage dans des guerres de conquête des espaces de ses voisins, ce qui est une autre paire de manche. Mais, si l’Etat investit dans la formation, le ratio compétences par habitant augmente. Et, Maier et Wood démontrent «que les pays qui n’arrivent pas à beaucoup investir dans leur capital humain ont des difficultés à s’affranchir de leur dépendance aux produits primaires et à passer à des produits plus complexes».
Ainsi, sans écoles d’ingénieurs, sans les compétences en innovation, sans recherche fondamentale et technologique, point de diversification; point de développement. Il y a lieu de ne pas oublier pourquoi certaines puissances parlent de l’immigration choisie. Les meilleurs cerveaux de par le monde sont attirés par ces puissances, pour leurs capacités à concevoir les produits les plus complexes, donc les plus recherchés à l’international. C’est ainsi, par exemple, que la France propose, depuis 2007, une carte de séjour «compétence et talent» pour s’approvisionner en immigrés qualifiés.
La qualité de l’enseignement et la formation du capital humain sont un marqueur de la diversification et du développement économique. Il y a donc lieu d’imaginer pour le Congo une reconfiguration de son système éducatif pour valoriser l’école des métiers. Dans ce sens, l’orientation de l’autorité politique, qui veut que «l’Etat [continue] de s’occuper prioritairement de l’éducation en favorisant désormais l’initiation aux métiers, l’acquisition des connaissances et des compétences en adéquation avec les impératifs et les besoins du développement» ne doit pas rester un vœu pieux. C’est un impératif catégorique.
Prométhée

