L’article 7 de la Charte des Nations unies confère théoriquement au Conseil de sécurité, le pouvoir d’imposer la paix par la force. Pourtant, face à la tragédie qui perdure à l’Est de la RD Congo, ce mécanisme juridique reste lettre morte. Si en 1960, l’Onu de Dag Hammarskjold, le diplomate suédois qui fut secrétaire général des Nations unies de 1953 à 1961, avait déployé l’Onu, pour briser la sécession katangaise, l’époque actuelle met en lumière les limites structurelles de l’interventionnisme international, replaçant la responsabilité internes et régionales africaines. Pour comprendre l’impasse actuelle, nous allons cibler trois phases, avant d’aborder la diplomatie secrète de Brazzaville, dans la recherche de solution à la crise en RD Congo.
1- Le mythe de 1960 face à la réalité asymétrique d’aujourd’hui
L’idée que l’Onu peut reproduire le précèdent des années 60 en RD Congo se heurte à une mutation profonde du conflit congolais. En effet, en 1960, la crise était étatique, opposant des acteurs identifiés. Il s’agissait d’une crise interne, en réalité. L’intervention de l’Onu était aisée.
Aujourd’hui, l’Est de la RD Congo est en proie à une guerre asymétrique fragmentée, où s’affrontent plus de 120 milices (M23, A.d.f, F.d.l.r, Wazalendo, etc.). Ce conflit armé ne répond plus à de simples logiques politiques: il s’auto-alimente par une économie de guerre transfrontalière basée sur le pillage et le trafic illégal de minerais stratégiques, impliquant de manière feutrée et en filigrane, les grandes puissances. 25 ans de présence onusienne (Monuc puis Monusco) ont fini par lasser la population locale, entraînant un rejet populaire des casques bleus et accélérant leur désengagement.
2- La cacophonie diplomatique et la paralysie de New York
Loin d’accélérer une solution, l’implication internationale aggrave parfois l’impasse. On assiste à un véritable embouteillage diplomatique des médiations, notamment: processus de Luanda; processus de Nairobi; déploiement des forces de la S.a.d.c (S.a.m.i.d.r.c) et multiplication des envoyés spéciaux. Ce trop plein institutionnel permet aux belligérants de s’adonner à ce qu’on peut qualifier de shopping de médiation, déplaçant les discussions, dès qu’elles leur deviennent défavorables.

Au sommet, le Conseil de sécurité est polarisé par les rivalités entre grandes puissances, autour de la prédation des richesses en RD Congo. Cette fracture géopolitique paralyse toute velléité de sanctions multilatérales dures contre les parrains des rebellions, transformant les résolutions onusiennes en simples outils de gestion de crise plutôt qu’en mandat coercitifs d’imposition de la paix.
3- Le primat et la dynamique interne congolaise
Face à l’impuissance de l’Onu, le constat s’impose: la paix ne sera pas importée, elle dépend d’un sursaut national à Kinshasa. Par conséquent, les autorités de la RD Congo devraient intérioriser la pensée du deuxième secrétaire général de l’Onu, Dag Hammarskjöld, qui déclarait, le 13 mai 1954, dans son discours lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’Université de Californie, à Berkeley: «L’Onu n’est pas là pour nous conduire au paradis, mais pour nous éviter l’enfer». Lui-même paraphrasant l’ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu qui soutenait que «cette organisation est créée pour vous éviter d’aller en enfer. Elle n’est pas créée pour vous emmener au paradis».
En fait, sans une refonte structurelle de l’Etat congolais, l’aide internationale demeure vaine. Elle n’est qu’une aide. Cela exige la restauration du monopole de la violence légitime par une réforme profonde de l’armée nationale (F.a.r.d.c) et la fin de la sous-traitance sécuritaire aux milices locales. De plus, la mise en œuvre d’un programme de désarmement et de réinsertion crédible, couplée à une gouvernance rigoureuse de la traçabilité des minerais, s’avère indispensable, pour assécher l’économie de guerre.
C’est en reprenant le contrôle de ses institutions et de ses frontières que la RD Congo pourra contraindre l’Onu et ses partenaires à s’aligner sur un agenda de stabilisation souverain. Car, au lieu d’être des facteurs de paix, les partenaires de la RD Congo, y compris l’Onu sont devenus facteurs de problème. Au-delà de cette question interne et internationale de la RD Congo, il y a un acteur très discret: Brazzaville.
4- Le rôle discret de Brazzaville dans la situation de la RD Congo
Dans le paysage régional saturé de tensions, Brazzaville joue une partition singulière et non visible. Si pour l’opinion publique à Kinshasa, son voisin, Brazzaville, fait l’objet parfois de suspicions, lesquelles sont alimentées par quelques accords passés souverainement par Brazzaville et Kigali, la réalité de la diplomatie de coulisse dément toute implication négative.
Parce que, contrairement au Rwanda et à l’Ouganda dont la clameur publique sait leur engagement militaire sur le terrain, le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, cultive une posture de neutralité bienveillante. Fort de sa longue expérience et de ses relations directes avec ses homologues congolais, Antoine Félix Tshisekedi Tshilombo, et rwandais, Paul Kagame, il agit comme un honnête courtier. Avec lui, Brazzaville offre une plateforme de médiation très discrète et non compétitive, indispensable pour maintenir des canaux de communication confidentiels, lorsque les dialogues officiels s’enlisent entre les deux protagonistes.
Cette diplomatie de l’ombre s’est illustrée historiquement, des négociations de l’Outeniqua en 1997, jusqu’aux efforts récents de juillet 2026, pour favoriser le déclenchement d’un dialogue national inclusif en RD Congo. Consciente qu’un effondrement de son grand voisin déstabiliserait toute la sous-région, la République du Congo s’impose ainsi, dans son rôle discret de médiateur, comme un stabilisateur silencieux mais vital, de l’autre côté du fleuve. Brazzaville n’est pas à son premier coup d’essai, car il faut rappeler qu’entre 1960 et 1965, elle a accueilli de délégations et des concertations, dans l’objectif de stabiliser la première République du Congo-Kinshasa.
Guy Patrick N.
Ancien élève de l’ENAM









