Né à Brazzaville, le 21 septembre 1950, Dieudonné Diabatantou a compté parmi les figures discrètes mais décisives de la planification économique congolais. Formé à Bucarest puis à Moscou, artisan des premiers outils de gestion macro-économique et du premier plan quinquennal (1982-1986), négociateur dans les années d’ajustement structurel, il fut aussi secrétaire d’État au plan (1991-1992) et député de Mindouli (1993-1997).
Une formation forgée par l’histoire et l’international
Élevé à Brazzaville dans un environnement familial imprégné de culture politique et syndicale, Dieudonné Diabatantou est très tôt confronté aux débats et tensions de l’après indépendance. Son père, Julien Boukambou, militant syndical reconnu, joue un rôle structurant dans cette formation intellectuelle. Scolarisé dans les écoles publiques de Poto-Poto, il poursuit ensuite son enseignement secondaire au Collège catholique Chaminade puis au Lycée Pierre Savorgnan-de-Brazza.
Adolescent lors des soulèvements populaires d’août 1963, il est témoin direct d’une séquence fondatrice du Congo contemporain. Cette expérience nourrit durablement sa réflexion et explique son investissement ultérieur dans l’analyse et la restitution de cette période à travers plusieurs écrits. Après une année consacrée à l’apprentissage des langues étrangères au C.e.s.b (Centre d’études supérieures de Brazzaville), il poursuit des études économiques à l’étranger. Il intègre l’Université de Bucarest, puis rejoint Moscou où il se forme à l’Institut de la statistique et des études économiques. En 1977, il y obtient une maîtrise en sciences économiques.
Réformes, transition politique et engagement culturels
De retour au Congo à la fin des années 1970, Dieudonné Diabatantou rejoint le Centre national des statistiques et des études économiques. Il participe à la mise en place des premiers instruments de pilotage macroéconomique, dont la comptabilité nationale. En 1978, il devient responsable du service des investissements au Ministère de l’industrie. L’année suivante, il prend la tête du service chargé de la prévision économique et de la définition des politiques économique au Ministère du plan.
En 1981, il contribue à l’élaboration du premier plan quinquennal de développement (1982-1986) et supervise le volet consacré à l’encadrement macroéconomique. Nommé secrétaire général au plan en 1985, il devient directeur général de l’économie en 1990, avant d’être appelé aux fonctions de secrétaire d’État au plan dans le gouvernement de transition (1991 et 1992) dirigé par le Premier ministre André Milongo.
De l’ajustement structurel aux réformes de transition
À partir de 1985, Dieudonné Diabatantou représente le Congo dans de nombreux forums économiques internationaux (Udeac, Ceeac). Il participe aux échanges avec le F.m.i (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale et prend part, en 1986, aux discussions sur la restructuration de la dette congolaise au sein du Club de Paris et du Club de Londres. Parallèlement, il coordonne le programme d’ajustement structurel et assure le secrétariat du groupe de pilotage placé sous l’autorité du Premier ministre. Son action est reconnue par l’attribution, en 1986, du grade de chevalier de l’Ordre du mérite congolais.
Lors de la Conférence nationale souveraine de 1991, il préside la sous-commission consacrée aux finances publiques et à l’ajustement structurel. Il contribue à la définition du programme de stabilisation économique et à l’élaboration d’un nouveau code des investissements.
Vivre l’État, la scène et la mémoire
Élu à l’Assemblée nationale lors du scrutin législatif de 1993, Dieudonné Diabatantou représente la première circonscription de Mindouli jusqu’en 1997. Cette expérience parlementaire s’inscrit dans un parcours plus large de service public qu’il conjugue avec une implication constante dans la vie culturelle. Ainsi, dès la fin des années 1970, il s’engage comme acteur et musicien au sein de la Troupe artistique Ngunga, affirmant un intérêt durable pour la création et l’expression scénique.
Sur le plan personnel, il épouse, en 1982, Martine Mouanga, originaire de Brazzaville. De cette union naissent sept enfants: Mouanga, Nsayi, Mikembi, Kitoko, Kani, Yoba et Fétia. Installée en France à partir de 2012, la famille intègre un nouvel espace de vie et de travail.
Oncle paternel du réalisateur cinématographique Hassim Tall Boukambou, producteur des documentaires révolutionnaires, Dieudonné Diabatantou poursuit par ailleurs une activité d’écriture. Il publie régulièrement dans la presse congolaise (Le Flambeau, La Rue Meurt, L’Horizon Africain, La Semaine Africaine), et française (Libération, Club de Mediapart, Afrik.com). Il collabore également avec des chercheurs, afin de contribuer à la reconstitution de l’histoire sociale et politique du Congo-Brazzaville. Ce travail s’appuie en particulier sur les récits et les archives laissés par son père, le syndicaliste Julien Boukambou (avril 1917-août 1994), figure marquante de la lutte pour l’indépendance du Congo, un des leaders du soulèvement populaire des 13,14 et 15 août 1963 qui provoqua la démission du Président Fulbert Youlou, initiateur, avec Abel Thauley Nganga, de l’U.j.c (Union de la jeunesse congolaise) et co-fondateur de la C.s.c (Confédération syndicale congolaise).
Roland KOULOUNGOU








