C’est clair: sans électricité, il ne peut y avoir accélération de la marche vers le développement. L’électricité est le moteur absolu du développement. La civilisation moderne repose sur l’électricité. Sans électricité, elle n’existerait plus. Surtout à l’ère de l’économie numérique. Qui n’est pas à venir, puisque nous y entrons progressivement depuis la fin des années 80. L’accès au courant électrique est vital dans tous les secteurs de la vie nationale. Dès lors, il ne doit plus faire partie des promesses politiques, mais de l’évolution normale de la société. Quand on parle de développement, cela suppose qu’on a déjà l’électricité.
Malheureusement, notre pays fait encore partie de ceux qui ont de grands défis à relever en matière de production et de distribution de l’électricité, malgré un immense potentiel en énergies renouvelables. Le besoin crucial d’accéder à l’électricité se heurte à une gouvernance inefficace, en dépit des réformes amorcées au début des années 2000 et des investissemernts importants déjà réalisés dans ce secteur. On a l’impression qu’on avance de deux pas et on recul d’un pas. A peine quinze ans d’exploitation du Barrage hyrdro-électrique d’Imboulou (2011-2026), qu’il est presqu’à l’arrêt. Une turbine est encore opérationnelle, mais sans garantie de continuité. La société exploitante, E²c (Energie électrique du Congo) avait lancé un appel au gouvernement, pour financer la réparation des turbines. Le gouvernement, lui, s’en tenait à la mise en concession de cet ouvrage, dont l’attributaire est le groupement Hoi/Axian, à travers sa filiale Néa Imboulou, conformément au décret n°2024-122 du 27 mars 2024 portant approbation de la convention de concession pour la révision, la réhabilitation et l’exploitation de la centrale hydroélectrique d’Imboulou.
Ce décret, comme d’autres d’ailleurs, n’a jamais été mis en œuvre, en raison de la résistance de E²c à céder l’ouvrage. Non seulement notre société nationale, devenue autonome, n’a pas les moyens d’entretenir le barrage qu’elle exploite sans être capable de financer la révision de ses quatre moteurs, mais encore elle réussit à s’opposer aux engagements du gouvernement qui a signé la convention de concession ayant donné lieu à un décret présidentiel. Voilà comment les populations, particulièrement celles de Brazzaville, sont privées d’électricité ou font face à des délestages devenus récurrents et insupportables.
A travers les conventions de concession des barrages hydroélectriques, certains y voient le bradage de la souveraineté nationale. Un faux débat! La souveraineté ne veut pas dire que l’Etat doit être propriétaire de tout. La souveraineté signifie d’abord et surtout que le peuple a mis en place un Etat souverain reconnu par la communauté internationale, qui a la maîtrise des politiques nationales mises en œuvre. Certaines tâches peuvent être opérationnalisées par des acteurs publics ou privés (délégation de service public), cela ne remet pas en cause la souveraineté nationale. C’est l’Etat souverain qui délègue le service public et met les conditions et les normes qui lui conviennent. Dans certains pays, on voit même que la sécurité est confiée à des acteurs privés. Nous avons une conception archaïque de la souveraineté qui fait qu’on aboutisse à des incongruités qui déshonorent l’Etat. Un gouvernement qui s’engage avec des partenaires privés et qui est incapable de mettre en œuvre ses propres engagements. Si ce n’est pas rendre le pays ingouvernable, que traduit ce refus rétrograde d’empêcher la mise en œuvre des contrats de concession signés par le gouvernement avec des sociétés privées?
A dire vrai, en matière d’électricité, le mal est politique. Pendant des décennies, on a biberonné une société nationale qui fonctionnait sur les investissements de l’Etat (construction de barrages, de lignes électriques sur fonds publics), pendant qu’elle exploitait ces ouvrages et bouffait ses recettes sans soucis de provisionner ses investissements. Maintenant qu’on dit que l’Etat ne peut pus investir, elle est perdue. Et nous voilà en train de tourner en rond, 23 ans après la mise en œuvre des réformes. Des réformes qui, sur le papier, sont de nature à relancer le secteur de l’électricité, si elles sont sérieusement mises en œuvre. On ne le dira jamais assez, sans électricité, il n’y a pas d’accélération de la marche vers le développement. Autrement, on tombe dans la démagogie. Or, il n’y a pas de démagogie, il n’y a que volonté de développer, à travers cette expression démocratique.
L’HORIZON AFRICAIN




