Tribune
Face à la montée du racisme dans le monde, le silence n’est plus une option
La Jifa (Journée internationale de la femme africaine) est célébrée le 31 juillet de chaque année. Bien plus qu’une célébration, cette date rappelle le rôle fondamental que jouent les femmes dans le développement du continent. Educatrices, entrepreneures, agricultrices ou dirigeantes, elles s’imposent comme les piliers de la société africaine. En 2026, cette journée revêt pourtant une dimension particulière. Alors que l’U.a (Union africaine) met en avant le leadership féminin pour renforcer le «soft power» africain, une réalité brutale s’impose: l’Afrique et sa diaspora font face à une multiplication d’actes de haine, de racisme et de xénophobie qui ne peuvent plus être ignorés. Partout, les signaux d’alarment s’accumulent.

En Afrique du Sud, des violences et des discours xénophobes continuent d’alimenter un climat de division. Au Maghreb, des migrants subsahariens sont régulièrement victimes d’exactions et de traitements indignes. De surcroit, sur les réseaux sociaux, la parole raciste visant les Africains et leur diaspora se multiplie dans une impunité totale. Face à cette réalité, la passivité générale interpelle.
Preuve en est que, même les plus grandes scènes internationales ne sont pas épargnées. Lors de la Coupe du monde 2026, les insultes racistes proférées par la sénatrice paraguayenne, Celeste Amarilla, à l’encontre du joueur français d’origine africaine, Kylian Mbappé, ont suscité une immense vague d’indignation. Ce déferlement de haine, loin d’être un cas isolé, a été alimenté par d’autres figures politiques et consultants sportifs, à l’image de l’ancien Premier ministre espagnol, Mariano Rajov, ou l’ex-gardien José Luis Chilavert. Cette parole décomplexée au sommet a trouvé un écho tout aussi violent dans les tribunes: le comportement de nombreux supporters de l’équipe d’Argentine, mimant de manière odieuse des gestes de singe et proférant des insultes racistes face aux équipes africaines ou à leurs soutiens, a transformé la fête du football en un triste théâtre d’impunité.

Pris isolément, ces propos passent pour de simples dérapages. Mis bout-à-bout, ils trahissent une banalisation alarmante et décomplexée du racisme dans le débat public. C’est précisément là que réside le danger le plus préoccupant: à force de voir ces discours circuler librement, être relayés ou tournés en dérision, l’indignation s’émousse. L’exception devient progressivement la norme. Ce qui aurait autrefois provoqué une condamnation unanime se transforme, aujourd’hui, en une simple polémique passagère, balayée en quelques jours. Pourtant, l’histoire nous enseigne que le silence face aux discriminations finit toujours par les armer.
Des réactions timides
Face à cette montée d’un racisme de plus en plus assumé, une autre interrogation s’impose: celle des priorités de la communauté africaine sur les réseaux sociaux. Chaque jour, des millions d’internautes animent des débats numériques, créent des tendances et alimentent l’actualité people. Si cette capacité de mobilisation collective est une force considérable, elle est pourtant rarement mise au service des grandes causes qui touchent directement les Africains à travers le monde.
Alors que la xénophobie et le racisme frappent les migrants en Afrique du Sud, au Maghreb et partout dans le monde, la passivité générale interpelle. Non seulement les indignations citoyennes s’avèrent éphémères et parasitées par des sujets futiles, mais les grandes institutions du continent affichent une neutralité coupable. Face à la multiplication des discours racistes et des violences, l’Union africaine et les blocs sous-régionaux brillent par des réactions timides, quand elles ne sont pas totalement inexistantes.
Ce double abandon, à la fois populaire et institutionnel, laisse les victimes dans un isolement total. Au cœur de cette tourmente, les femmes africaines, souvent en première ligne de la précarité migratoire, subissent de plein fouet cette hostilité. En l’absence de condamnations fermes et de mécanismes de protection régionaux, l’impunité s’installe, légitimant indirectement les discours de haine et ouvrant la voie à une normalisation de la violence contre les populations migrantes.
Garantir la dignité des peuples
Cette paralysie s’explique pourtant par des logiques politiques bien précises: le principe de non-ingérence pousse trop souvent les Etats à fermer les yeux, pour préserver des équilibres diplomatiques fragiles. A cela s’ajoute une dépendance financière et politique qui paralyse les processus de décision, transformant ces organisations en spectatrices passives des drames humains qui se jouent sur le continent.









