Il y a 90 ans, en 1936, le gouverneur général Joseph-François Reste, qui ne ménageait aucun effort pour embellir la ville de Brazzaville et à lui donner un boom économique et social, affirmait: «A Brazzaville, j’ai voulu des jardins et des parcs, des pelouses, des tapis de gazon, des corbeilles de fleurs, donnant à cette ville une élégance toute moderne, une impression d’accueillante fraîcheur et de santé… Brazzaville est aujourd’hui une symphonie puissante et douce: des palmiers, des acacias, des eucalyptus, des cocotiers, des fromagers monstrueux, des flamboyants, des arbres de fer… Des allées nombreuses et sur le pourtour du plateau Bacongo, cette promenade des Rapides, dominant le fleuve et qu’envieraient bien des capitales… Brazzaville avait toute la grâce de la nature et tout l’art de ses urbanistes… Brazzaville est appelée à jouer un rôle de premier plan. Elle se doit devenir davantage encore dans l’avenir une des grandes métropoles du continent noir…
Elle se doit d’être un foyer spirituel, un centre d’études où viendront se former, dans l’esprit français, ces forces nouvelles qui feront l’Afrique de demain…».
A en croire André Davesne, l’auteur de «Mamadou et Bineta sont devenus grands», le livre de lecture qu’on utilisait au C.m.2 (Cours moyenne deuxième année), Brazzaville «ressemblait, malgré son titre de chef-lieu, davantage à un grand et coquet village qu’à une ville moderne. Très peu de ces mornes rues où des maisons revêches s’alignaient coude à coude; par contre de belles et larges avenues bordées de jardins dans lesquels les habitations se dissimulaient».

Par ailleurs, Brazzaville fut un immense parc. D’où son qualificatif, «Brazzaville-la-verte», avec, partout, «des pelouses de paspallum, ce tenace chiendent qui résiste à des mois de sécheresse; des pergolas qu’escaladaient des plantes grimpantes; des arbres magnifiques: palmiers aux élégants panaches; manguiers couverts de fruits qui pendillaient au bout de longs pédoncules; arbres de fer aux voutes harmonieuses d’où tombaient de lourdes grappes violettes qui ressemblaient à la glycine; acacias de toutes espèces au feuillage dentelé, délicat et mobile, et surtout flamboyants qui semaient la splendeur pourpre de leurs bouquets».
Malheureusement aujourd’hui, en 2026, il a été donné à beaucoup de Brazzavillois de constater, avec amertume, que Brazzaville ne cessait de perdre son charme d’antan. A titre d’exemple, la forêt de la Patte d’oie et le bois de la glacière ont été détruits. Le parc du Square De Gaulle est devenu un terrain de sport avec des herbes en guise de pelouse. Au rond-point de la Place de la République, trônent deux énormes éléphants blancs, l’on ne sait pourquoi.
Brazzaville-la-verte est devenue une ville ridée voire éclopée où tous les citadins marchent et roulent en voiture clopin-clopant dans des avenues et rues cahoteuses, ensablées, jonchées de nids de poules et de gros trous béants, inondées de mares d’eau en saison des pluies; une cité où la plupart des rues et des avenues ont été transformées en dépotoirs de carrosseries dont certaines sont devenues des «voitures-potagères» voire même des cimetières de voitures et autres carcasses dont dégoulinent en permanence les huiles crasseuses des moteurs rouillés. Bref, une cité où certaines rues sont devenues des impasses sans issue, des territoires des chiens errants, affamés et chétifs.
Qui plus est, de part et d’autre de chaque avenue ou de chaque rue, l’on trouve des étals de toutes sortes de marchandises: friperies; produits de beauté; fruits; charbon; fagots de bois; huile de palme, etc. L’on se croirait dans des souks, ces marchés publics ou bazars dans les pays arabes. Ces rues et ces avenues n’ont plus l’allure de ce qu’elles devaient être. Elles ne sont plus que des rues, des avenues tristes et bruyantes où se côtoie tout le monde: passants ordinaires; vagabonds et vendeurs ambulants affichant la misère.
D’autre part, l’architecture de beaucoup de nouveaux immeubles à étages, efface de plus en plus, l’histoire de Brazzaville et de ces arrondissements d’antan dont les parcelles entourées de bougainvilliers, d’hibiscus et de lantanas avaient cédé la place aux murs en parpaings hauts de deux ou trois mètres. Quant aux flamboyants et aux arbres de fer qui bordaient certaines avenues et qui en faisaient le charme et la beauté ont été purement et simplement abattus. A la place, l’on trouve actuellement des murs en béton armé avec des façades pour échoppes, boutiques et ngandas ou autres «malewas». Lesdits murs cachent des ilots de misère palpable auxquels il faut ajouter l’insalubrité.
A cette allure, j’ai peur que Brazzaville-la-verte ne disparaisse et ne le soit plus. J’ai, en tout cas, le cœur on ne peut plus triste. Brazzaville-la-verte qui m’a vu naître reviendra-t-elle une cité radieuse, propre et salubre; une cité sereine et fière d’exhiber toujours sa devise: «Ceux qui le touchent sont libres»? Ou une ville aux rues et avenues avec de nombreux étals? Comme disent les Anglais, «Wait and see!». Mais attention! L’espoir fait vivre; mais qui vit d’espoir meurt de faim.
Dieudonné
ANTOINE-GANGA.









