La semaine dernière, on a assisté à travers les médias à une rageante passe d’armes au sein d’un parti politique situé à l’opposition, le M.r (Mouvement république). Un ancien secrétaire général adjoint, devenu unique élu de son parti, a pris la décision, seul, mais au nom, a-t-il dit, de ses collègues du parti, de destituer son président, «pour abus de pouvoir» et d’annoncer par la suite son exclusion.
La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Le même jour, de là où il était, le président du parti a répliqué en prenant la décision de radier l’ancien secrétaire général adjoint, pour «diffamation, parjure et haute trahison». Si ce n’est de la comédie, comment peut-on croire que ces jeunes politiciens ont la culture démocratique, quand ils ne sont pas capables de respecter les textes qui réglementent l’organisation de leur propre parti?
En jetant un coup d’œil à l’article 9 du Règlement intérieur de ce parti, on lit ceci: «Seule, la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation (C.f.c.e) ou le Conseil fédéral a le droit de se prononcer en ce qui concerne les mesures disciplinaires». L’article 10 apporte même des précisions très démocratiques: «Toutefois, la C.f.c.e doit veiller à ce que les faits reprochés à un des membres soient réels et vérifiés, afin que la procédure soit juste et légale. Tout membre jouit du principe de la présomption d’innocence, quel que soit le motif. Il peut se défendre lui-même ou faire appel».
Et pourtant, aucun des deux acteurs du parti M.r qui se sont illustrés dans cet événement facétieux n’a daigné respecter les procédures prévues par les textes fondamentaux de leur propre parti, quand il s’agit de l’exclusion d’un membre.
La démocratie congolaise va-t-elle vraiment s’accommoder de ces comportements politiciens, destinés juste à assouvir les émotions ou nourrir les passions? On ne se trompera pas de dire que la culture autoritariste, qu’on retrouve par la suite dans la gouvernance du pays, s’apprend dans les partis politiques, qui sont des instruments soumis à la volonté de leurs présidents fondateurs ou de leurs dirigeants. Ce qui s’est passé au M.r n’est qu’un exemple d’actualité de ce qui se passe dans les partis politiques où la culture du respect des textes est presqu’inexistante. On réagit suivant la volonté du chef et le chef n’a de compte à rendre à personne.
«Le parti politique est une association dotée de la personnalité morale qui rassemble des citoyens pour la conquête et la gestion pacifiques du pouvoir autour d’un projet de société démocratique dicté par le souci de réaliser l’intérêt général», dit l’article 2 de la Loi n°21-2006 du 21 août 2006 sur les partis politiques. C’est à cause de cet article qu’il nous faut, en tant que citoyens, suivre ce qui se passe dans les partis politiques. Les cadres qui sont hissés à la gestion des affaires publiques et qui ont donc en main notre destin national, viennent de ces associations.
Quand ces partis politiques sont de mauvaise qualité, qu’ils ne promeuvent pas la culture démocratique et au contraire, sont des creusets où s’apprend l’autoritarisme à travers leurs dirigeants, comment peut-on avoir une gouvernance nationale de qualité et au-delà, une démocratie apaisée? Sans démocrates, c’est-à-dire ces acteurs politiques qui prennent parti pour la démocratie, ses valeurs, ses principes, ses procédures et ses institutions, on ne peut avoir de bonne gouvernance et de démocratie apaisée. Les partis politiques doivent être de véritables écoles démocratiques, des vecteurs de la culture démocratique, pour que la démocratie qu’on a adoptée comme système de gouvernance du pays, soit profitable au bien commun, à la paix, à l’unité nationale et au progrès social.
L’HORIZON AFRICAIN




