Depuis le début de l’année 2024, rien ne va plus à Brazzaville tout au moins, en ce qui concerne les services d’eau courante et d’électricité. La population de Brazzaville n’a plus d’accès permanent à l’eau courante et à l’électricité. Les pénuries d’eau s’enchaînent, alors que les privations d’électricité sont devenues monnaie courante. On aurait pensé qu’il s’agit de crises passagères et que dans quelques jours ou semaines, tout reviendrait à la normale. En réalité, le pays est tombé dans une véritable crise d’eau courante et d’électricité, due à la mauvaise gouvernance des deux secteurs d’activités socio-économiques. A cette allure, la ville capitale pourrait passer des jours sans eau courante et sans électricité, avec les conséquences que l’on peut imaginer pour les populations urbaines.

A Brazzaville, suivant les quartiers, l’eau ne coule plus que pendant quelques heures. Puis, les robinets restent à sec pendant plusieurs jours. Les citadins s’approvisionnent alors auprès des personnes ayant des forages d’eau. Puis ça recoule pendant quelques heures de nuit ou de jour dans un autre quartier. Ainsi va la vie dans la capitale du sixième producteur africain d’or noir. Le phénomène date depuis les années 80. L’Etat investit beaucoup dans des ouvrages de traitement, de production, de stockage et de conduite d’eau. Mais, la gouvernance ne suit pas.
L’unique société publique ayant le monopole de la distribution d’eau a été transformée, en août 2018, en une société anonyme avec conseil d’administration. L’Etat y détient la majorité des actions. L’ouverture aux capitaux privés devait donner un second souffle à cette société. Mais, on ne sait pas ce que les privés y ont apporté. Ce qui est clair, depuis cette réforme, La congolaise des eaux, qui a remplacé la S.n.d.e (Société nationale de distribution d’eau), n’est plus sous tutelle organique du Ministère de l’énergie et de l’hydraulique. Emile Ouosso, qui dirige ce ministère, n’a pas d’autorité sur cette société. Et donc, il ne devrait plus être appelé à répondre des pénuries d’eau courante dans le pays. Sa mission se limitant, désormais, à mettre en œuvre la politique nationale d’accès à l’eau courante, à travers la législation et la réglementation. Mais, l’opérationnel ne relève plus de sa tutelle organique. En principe, c’est le conseil d’administration de L.c.d.e qui est appelé à répondre des activités de cette société en matière de fourniture d’eau courante dans le pays. On ne voit que le directeur général, Parfait Chrisostome Makita, se débattre dans cet exercice, sans force de conviction, en dépit de son expertise. En plus de ce que, depuis sa création, L.c.d.e n’a jamais communiqué ses bilans ou son chiffre d’affaires annuels. Aujourd’hui, c’est le chaos, on bricole pour survivre.
Même scénario pour ce qui est de l’électricité avec E2c (Energie électrique du Congo), société anonyme dont le directeur général, Jean-Bruno Danga Adou, clame à qui veut l’entendre qu’il faut que l’Etat lui donne les moyens pour améliorer la desserte du pays en électricité, oubliant qu’il devrait s’adresser pour cela à son conseil d’administration. Malgré les réformes, E2c continue de fonctionner, comme on peut le constater, sur le modèle de la S.n.e (Société nationale d’électricité). C’est une société qui ne publie jamais son chiffre d’affaires ni son bilan annuels et qui continue d’accumuler les dettes qu’un jour l’Etat devra finir par payer.
C’est ce qui serait arrivé avec la Snel (Société nationale d’électricité de la RD Congo), qui a coupé, depuis le 8 janvier dernier, l’exportation de l’électricité vers le Congo-Brazzaville, en raison des retours de chaleur sur son réseau et du non-paiement des factures. Les deux sociétés s’étaient entendues pour un montant d’un milliard de francs Cfa par mois, que E2c n’arrivait pas à payer. Une réunion entre les deux parties est prévue pour le 28 mars, pour voir cette situation. D’après certaines estimations, E2c aurait des recettes de 5 à 6 milliards de francs Cfa par mois, pour un nombre d’abonnés oscillant autour de 450 mille.
En 2018, on avait réussi à maîtriser le fonctionnement du réseau, en faisant tomber les black-out (pannes) à un nombre insignifiant. Mais, depuis l’arrivée de l’actuel directeur général, en 2019, les black-out sont repartis à la hausse, traduisant ainsi les négligences dans le suivi et la maîtrise du réseau. C’est autant dire qu’avec une telle gouvernance, l’émergence du Congo promise depuis les années 2000, à l’horizon 2025, n’est qu’une chimère. En un quart de siècle, malgré la stabilité des institutions nationales, les difficultés socio-économiques ne font que s’aggraver, à l’exemple des services d’eau courante et d’électricité, malgré d’immenses ressources naturelles en eau et en énergie dont regorge le pays.
Si le gouvernement ne s’implique pas pour préparer les conditions de mise en œuvre des grands projets de construction d’unités de production électrique (barrages hydro-électriques), de réhabilitation des réseaux de transport d’électricité, de distribution d’eau, d’acquisition d’intrants pour le traitement de l’eau, on connaîtra des jours difficiles dans ces deux secteurs pendant longtemps. En principe, les secteurs de l’eau et de l’électricité ont été libéralisés. Les sociétés E2c et L.c.d.e où l’Etat est majoritaire sont appelées, d’ici là, à cesser les fonctions de production, de transport, de distribution et de commercialisation, pour se consacrer à la vocation pour laquelle elles ont été créées, à savoir veiller au patrimoine de l’Etat dans ces deux secteurs.

Jean-Clotaire DIATOU

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