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mardi 21 mai 2024 | 05:41
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Témoignage | In memoriam : mon frère et ami, Ernest Kombo, «La caserne» !

Ernest, ça fait déjà 15 ans que Dieu notre Père t’a rappelé à lui. C’était le mercredi 22 octobre, trois semaines à peine après la fête de ta vénérée sainte, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Décidément, les voies de Dieu sont mystérieuses. Que sa volonté soit faite!

Ernest, tu étais un prédestiné. Ton «kimuntu», ta culture koongo, ta foi chrétienne, ton sacerdoce, ton épiscopat et la politique congolaise auront été le «modus vivendi» de ta vie. L’un et l’autre ont particulièrement éclairé ta vie. A travers ce que ta discrétion et ta pudeur ont laissé paraître de ton histoire personnelle, je voudrais paraphraser le Cardinal André Vingt-Trois, pour dire que nous comprenons que les enchaînements d’une vie peuvent toujours être déchiffrés de manières différentes, selon la lecture que l’on utilise. On peut évidemment lire l’histoire de ta personne dans la seule logique de la Conférence nationale souveraine qui conduit notre beau pays, le Congo, à la véritable démocratie. On peut la lire aussi comme un chemin au long duquel les épisodes douloureux et atroces sont comme la partie visible et cruellement éprouvée d’une alliance entre Dieu et l’humanité, entre Dieu et chacun des humains dont il veut faire son fils.
Ernest, pour ceux qui ont eu la chance de t’approcher et de te connaître personnellement comme moi au Petit-séminaire Saint-Paul de Mbamou, et comme d’autres au noviciat chez les jésuites, au Cenages (Centre national de gestion), à la Paroisse Sainte-Anne de Poto-Poto, dans les Diocèses de Nkayi, de Pointe-Noire et d’Owando, à la «Maison Saint-Ignace» à Brazzaville, et pendant la Conférence nationale souveraine, ce n’est ni ton intelligence, ni l’acuité de ton esprit, ni l’amplitude de ta culture, ni ton franc-parler, ni encore ton humilité, tous réels qu’ils fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de ta foi.
Ernest, tu étais avant tout un croyant. Tu ne cessais de me dire cette belle phrase de l’archange Gabriel à Marie, à Nazareth: «Rien n’est impossible à Dieu». C’est pourquoi dans tes sermons ou dans la conduite quotidienne de ta vie, tu rapportais tout à Dieu dont tu avais tout reçu. Tu me l’avais encore prouvé lorsque j’étais venu te rendre visite à l’Hôpital Val-de-grâce de Paris où tu m’avais invité à assister à la messe avec toi, dans le petit oratoire de l’hôpital où nous n’étions que nous trois: le célébrant, toi et moi. Malgré la fatigue, tu lus avec joie la lecture du jour. Qui plus est, au moment de la prière universelle, les larmes aux yeux, tu supplias le Seigneur en ces termes:
A- Dieu donne au Congo la véritable paix, la véritable réconciliation et des dirigeants plus honnêtes, plus altruistes et plus humains;
B- Dieu sauve l’Eglise du Congo dont certains prêtres, religieux et religieuses courent de plus en plus après les honneurs et cherchent à n’être que les amis de ceux qui sont au pouvoir;
C- Fais de l’Eglise du Congo, une église à l’écoute des pauvres. Car une église qui ne peut se mettre à l’écoute des pauvres ne sera pas en mesure de se mettre à l’écoute de la parole de Dieu.
Ernest, les calomnies, les médisances, la haine et le tribalisme dont tu fus victime de la part des prêtres, des religieux et des chrétiens lorsque tu fus évêque de Nkayi ou administrateur apostolique du Diocèse de Pointe-Noire, ne rompirent pas ta foi. Grâce à ta vigueur, à ton ardeur, et à ton message de l’Evangile, tu auras fait éclore beaucoup de vocations et donné ipso facto de nombreux prêtres au Diocèse d’Owando. Persuadé d’avoir tout reçu gratuitement, tu étais passionné du désir d’annoncer à tous la surabondance de l’amour de Dieu pour l’humanité en général et pour le peuple congolais en particulier et de transmettre l’appel du Christ à vivre de cet amour. Cet amour, tu nous l’avais témoigné pendant la Conférence nationale souveraine.
Ernest, tu étais aussi un homme politique, sans t’être affilié à un parti politique. Tu ne t’excluais pas du débat qui s’engageait dans la cité. Car pour toi, parler ou faire de la politique, c’était parler de la vie de la cité dont personne n’était en situation ni en droit de se retrancher. Participer à l’activité politique devenait, selon toi, une impérieuse mission qui incombait ou incombe à tout citoyen congolais, membre d’un parti, sans-parti, chrétien, musulman ou athée. C’est pourquoi tu t’impliquais aux fins de trouver des solutions aux événements dramatiques vécus par le peuple congolais en 1993, en 1997 et en 1998.
Combien de fois ne versais-tu pas des larmes sur mes épaules en me demandant: «Pourquoi les hommes politiques congolais n’arrivaient-ils pas à fructifier et à pérenniser l’héritage légué par la Conférence nationale souveraine: la paix et la démocratie? Pourquoi préféraient-ils résoudre les problèmes de la nation par la violence et non par le dialogue?».
Ernest, homme politique, quoique prônant le dialogue et la tolérance, tu as été aussi calomnié et sali. Par exemple, en 1992, certaines gens n’hésitèrent pas, dans un quartier de Brazzaville, de te tourner en dérision, en fouettant un bouc couvert d’une tunique et d’une calotte violettes tout en psalmodiant: «Kombo, Sassou même combat, traîtres». Tu négligeas ces dérisions, ces sarcasmes et ces injures qui n’étaient que barbaries et qui, en aucun cas, ne pouvaient te détourner de ton combat pour la paix et pour l’unité. Tu ne cessais de me rappeler aussi qu’en politique, il y avait souvent la tentation de salir et que, comme le disait le Président Houphouet-Boigny, «Dieu lui-même, créateur du monde, n’a jamais eu l’unanimité de ses créatures».
Ernest, ce qui était la source de ta joie et de ton action de grâce, c’était de voir que la Providence accomplissait son œuvre par des voies qui nous restent souvent mystérieuses mais que la foi apprend à reconnaître.
Ernest, en ce 15ème anniversaire de ton rappel par Dieu, le Père, je viens t’apporter ici, l’hommage de mon attachement et de mon amitié infaillible. Pour notre pays où tu tenais une place particulière, tu es une grande figure qui a disparu. Avec ton décès, j’ai perdu un frère et un ami de 49 ans. «La Caserne», comme nous t’appelions au petit-séminaire, au revoir et «repose en paix dans la lumière du Visage de Dieu, notre Père».

Dieudonné
ANTOINE-GANGA

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