Deux faits ont fini par révéler, aux yeux de l’opinion nationale, qu’un malaise affecte la plus haute institution de la République: le raté de la visite de travail du Président de la République à Abu Dabi, capitale fédérale des Emirats Arabes Unis, et le communiqué signé le 1er mars 2024 par le directeur de cabinet du Président de la République.
Pour la vie de l’Etat, la vie de la Nation, la Présidence de la République est l’institution suprême. «Le Président de la République est Chef de l’Etat. Il incarne l’unité nationale et veille au respect de la Constitution et au fonctionnement régulier des institutions publiques. Il assure la continuité de l’Etat. Il est garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités et accords internationaux», proclame l’article 67 de notre Constitution.
A la lumière d’un tel fait, personne ne peut comprendre que notre Président arrive dans un pays étranger où il n’est même pas accueilli par son propre ambassadeur. Le peuple ne peut que s’en indigner. Sauf à nuire ou chercher à paralyser le fonctionnement des institutions de la République, un tel raté expose à de lourdes responsabilités. Car, on est à la frontière de la conspiration ou du complot. Et si d’aventure cela provient de l’incompétence professionnelle, alors les sanctions devraient pleuvoir un peu partout, dans les structures administratives impliquées par le déplacement du Chef de l’Etat.
Cependant, à travers le communiqué de la Présidence de la République, on a compris que la source des dysfonctionnements qui ont provoqué cet échec sont au sein même de l’institution. On y parle d’une «campagne odieuse, haineuse et xénophobe» contre un cadre appelé à servir auprès du Chef de l’Etat. Les origines étrangères de ce cadre ne peuvent pas justifier effectivement une telle campagne. En nommant ce cadre, le Chef de l’Etat n’a pas enfreint à la Constitution. C’est dans son pouvoir discrétionnaire de nommer des cadres auxquels il a confiance, pour l’accompagner dans son travail et dans ce domaine, il n’est pas le seul Chef de l’Etat à le faire.
Mais, en tant que pouvoir exécutif, le gouvernement reste dans son rôle régalien d’engager l’action de l’Etat, sous la houlette du Chef de l’Etat. Au niveau international, le Président de la République s’appuie sur son ministre des affaires étrangères, pour engager l’Etat. Les contournements sont susceptibles de créer des dysfonctionnements. D’où la nécessité de la coordination du travail entre son institution et le gouvernement.
Le communiqué va même très loin en évoquant des «ennemis de la République». Le mot est lâché. Conséquence, là où l’on attendait un retour au calme, c’est une bourrasque qui s’est levée dans les réseaux sociaux. Ce qui est regrettable!
En démocratie, il n’y a pas d’ennemis de la République. Il y a que des citoyens qui peuvent tomber sous le coup de la loi et la loi prévoit des sanctions. En démocratie, c’est le débat franc et sincère: on peut ou ne pas être d’accord avec une décision, même si elle émane du Chef de l’Etat; on peut critiquer cette décision, mais cela ne confère pas le droit d’empêcher sa mise en œuvre, ni de manquer de respect aux institutions et à ceux qui les animent. Autrement, on tombe sous le coup de la loi.
Malheureusement, les Congolais, même quand ils sont à la gestion des affaires publiques, ont acquis la manie de recourir hypocritement aux réseaux sociaux, pour régler les comptes aux autorités qui prennent des décisions qu’ils n’approuvent pas. C’est devenu un sport national, pour défendre ses intérêts. Chacun a ses influenceurs, ses blogueurs, ses internautes et autres amuseurs publics en réseau, au pays ou dans les diasporas, pour régler les comptes aux autres, dans une ambiance populiste et démagogique. Un média en ligne, qui verse parfois dans la diffamation, a pour générique les propos laudatifs d’une autorité publique. C’est à croire qu’on se tire des balles dans les pieds. Evidemment, des compatriotes malins s’y engouffrent et créent des dégâts, en opposant les dirigeants entre eux, d’autant plus que les communications dans les réseaux sociaux ne sont pas régulées, le Conseil supérieur de la liberté de communication, le gendarme de la liberté d’expression, n’en ayant pas les moyens, ni financiers ni technologiques.
Alors? Dans les réseaux sociaux, on roule en mbéba: injures, calomnies, diffamation, mensonges, manipulation, haine, tribalisme, xénophobie, trahison… Tout y passe. Même des documents administratifs n’ayant pas un caractère public y sont exposés.
La méfiance s’installe, le dialogue s’éloigne, l’hypocrisie règne. Et c’est un grand facteur de dysfonctionnement des institutions.
Il faut comprendre que la gangrène nous vient du manque total de régulation des communications dans les réseaux sociaux. Le drame est que les acteurs politiques et les hauts-cadres s’y sont mis, eux-mêmes, à travers des intermédiaires, se donnant le plaisir de fomenter des coups bas contre ceux qu’ils considèrent comme des adversaires ou simplement des concurrents ou pour faire échouer des décisions qu’ils n’approuvent pas. Le phénomène n’est pas propre à notre pays. Mais, dans les grandes démocraties comme la France, les gouvernements mettent en place des lois, des mécanismes, etc, pour tenter de freiner ce phénomène, qui est une véritable menace à la démocratie et à la liberté d’expression. Car, si à la place du débat démocratique, c’est le discours de haine qui prévaut, notre société court de vrais dangers: le dysfonctionnement institutionnel; l’explosion de violences; etc.

L’HORIZON AFRICAIN

Oh bonjour
Ravi de vous retrouver.

Inscrivez-vous pour recevoir du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici